Chapitre 16 : Déclaration de guerre


Danà resserra ses mains sur les rênes, obligeant sa monture à ralentir. Elle se posta à côté de sa voisine de voyage pour l’observer de biais. Le visage d’Elinor était visiblement marqué par la fatigue. L’Elfe avait remarqué que le corps de la femme perdait par moment un peu de sa consistance depuis un ou deux jours, comme si elle avait du mal à le maintenir dans l’espace.
La dernière journée de route avait été particulièrement rude. La vague de froid qui traversait le pays les avait surprises dès la sortie de la forêt, les accompagnant de ses rafales insidieuses et d’une légère bruine glaciale pendant une semaine. La pluie avait redoublé alors même qu’elles commençaient à apercevoir le terme du voyage, transformant le chemin de terre en une piste boueuse. Alors qu’elles avaient pu voir le château qui surplombait la cité se dessiner au loin, elles avaient perdu peu à peu de la visibilité en s’en approchant, et leur vitesse en avait été ralentie. Les chevaux avaient plusieurs fois glissé sur des pierres rendues invisibles, et Danà s’était à chaque fois retenue de tomber de justesse, ne parvenant même pas à emprisonner la crinière de l’animal entre ses doigts. Il lui avait semblé qu’elle devenait elle-même de l’eau. Elle aurait bien perdu le chemin de leur destination une demi douzaine de fois si sa compagne ne l’avait pas solidement guidée.

Arrivée devant la cité, Danà leva la tête, ne parvenant pas à voir le haut des remparts d’Altar, perdu dans une brume de pluie. Elle se demanda furtivement si les gardes allaient pouvoir les voir ou les entendre arriver dans ce déluge. Elinor sauta de sa monture, ôta ses gants et posa une de ses mains sur une des portes massives de la forteresse qui donna l’impression de s’écarter pour la laisser passer avec une facilité déconcertante. Elle reprit l’animal par la bride pour entrer dans la cour intérieure, sans un regard pour la jeune Elfe. Danà n’hésita pas une seconde à la suivre. Par ce temps un refuge ne serait pas un luxe.

– Je peux savoir ce que vous avez fait pour que cette porte s’écarte ? cria-t-elle à la femme pour couvrir le bruit de l’eau.

– Je l’ai poussée, répondit simplement Elinor en haussant les épaules.

Danà lui jeta un coup d’œil circonspect. Elle ignorait complètement la nature des pouvoirs de sa compagne, tout comme elle ignorait de façon générale celle des différents Émissaires. Par contre, elle n’ignorait pas que l’Humaine avait fait partie du conseil de l’Académie pendant un temps. Les deux femmes chevauchaient ensemble depuis plus d’une semaine et elle n’avait rien appris de nouveau sur elle, si ce n’est qu’elle n’était pas du genre loquace.

En moins d’une minute, la traversée de la cour absorba complètement son esprit. Le brouillard de pluie laissait apparaître peu à peu un décor dévasté. Elle devait concentrer toute son attention pour éviter les poutres calcinées qui s’étaient fracassées sur le sol, les traits qui gisaient sur les pavés, déformés, les débris de vie, épars. Des banderoles colorées qui avaient décoré la ville s’accrochaient au bois brisé, déchirées, ternies par le mauvais temps. L’Elfe avait déjà vu les fêtes du solstice, elle avait connu l’animation des rues d’Altar, son atmosphère survoltée embaumant les sucreries brûlantes. Elle ne reconnaissait rien de la ville marchande dont elle avait déjà mainte fois foulé le sol. Elle se demanda un instant si la ville n’avait pas été désertée depuis l’attaque : elle était en général envahie de commerces ambulants qui s’y arrêtaient pour les affaires ou pour prendre un peu de repos dans l’une des nombreuses auberges. Ils n’avaient rien à faire d’une cité en ruine, or ici toute la reconstruction était à faire.

Après avoir grimpé pendant une dizaine de minutes le chemin qui menait au château, la tête basse pour éviter les cascades d’eau, Elinor s’arrêta pour lui désigner une masse noire presque invisible. Danà put lire sur ses lèvres qu’il s’agissait du temple, sans entendre autre chose que le brouhaha de la pluie tambourinant sur les restes de la cité. Elle hocha la tête lorsqu’elle comprit qu’il s’agissait là du but de leur voyage. Elle connaissait le bâtiment en pierres noires, sans avoir jamais pu y entrer. Le temple était habituellement fermé aux voyageurs comme aux pèlerins. Il possédait en revanche une annexe au village qui prenait en charge les plus nécessiteux. La directrice de l’Académie était la seule qui était autorisée à entrer, encore qu’on lui réservait une chambre dans une auberge réputée, non loin, pour éviter de la loger à l’intérieur même. Elinor semblait également avoir ses habitudes, puisqu’elle ne prit pas la peine d’attendre une réponse lorsqu’elle frappa à la porte. Elle tira le loquet et disparut dans l’obscurité. Danà la suivit de près, elle claqua la langue pour encourager sa monture à rester sur ses talons.

Il faisait sombre comme en milieu de nuit à l’intérieur. Les vitraux, pourtant nombreux, ne diffusaient pas une lumière suffisante pour permettre de distinguer quoi que ce soit. Néanmoins, les chandeliers disposés un peu partout montraient que la bâtisse était toujours occupée. La porte se referma sourdement derrière les deux femmes, laissant apparaître une créature que l’Elfe n’avait jamais vu d’aussi près. La prêtresse était grande, au moins autant qu’une Elfe, jugea Danà, filiforme. Ses cheveux qui apparaissaient verts d’eau lors des processions rituelles semblaient gris dans l’obscurité. Ils tombaient jusqu’au bas de ses chevilles. Sa peau, une teinte plus claire, lui donnait une allure sinistre, renforcée par les coutures qui emprisonnaient ses lèvres. Peut-être parce qu’elle n’avait jamais réellement rencontré de pareilles créatures, Danà eut la sensation qu’elle n’était pas vivante. Elinor s’approcha d’elle et lui effleura la main. La créature acquiesça et leur fit signe de la suivre. L’Elfe abandonna sa monture aux mains d’une femme aux traits semblables qui avait surgi de l’ombre.

Après avoir passé plusieurs jours dehors, sous une pluie diluvienne, elle pouvait entendre ses oreilles bourdonner dans le silence profond du temple. Le manque de lumière et l’absence de bruit lui donnait le sentiment d’être confinée dans un endroit trop étroit pour elle. Elle avait les nerfs à fleur de peau sans trop savoir pourquoi.

Munie d’une simple chandelle, la prêtresse les guida dans un escalier tortueux, puis les introduisit dans une petite bibliothèque où travaillaient sur des écritoires, à la lumière de bougies, quelques créatures qui lui ressemblaient de manière frappante. Elles ne levèrent même pas la tête de leurs manuscrits. Elle précéda ses hôtes en traversant la pièce pour ouvrir une seconde porte, au fond. Danà fut surprise par la douce chaleur qui se dégageait de ce petit bureau. Leur guide leur fit signe d’entrer et Elinor la remercia silencieusement d’un signe de tête, avant de pousser sa compagne dans la pièce.

– Tiens donc, fit le Haut Prêtre lorsqu’il posa les yeux sur elles. Je ne m’attendais à ce que l’on vienne si tôt nous porter secours. Et même si cela avait été le cas, je ne pensais pas que je vous verrais, l’une comme l’autre.

– La situation a l’air très mauvaise ici, acquiesça Elinor en prenant place sur l’un des sièges qu’il leur désigna.

– C’est un euphémisme. Il n’y a plus rien en vérité. Altar est une ville commerciale, ce sont les voyageurs qui la font vivre. Et il va falloir reconstruire si on veut à nouveau les attirer.

– Nous n’avons vu personne sur le chemin, fit Danà.

– C’est qu’il ne fait pas un temps acceptable pour travailler à l’extérieur. Cette pluie ne fait que nous ralentir. Mais que voulez-vous, c’est l’hiver. Enfin, je suppose que vous n’êtes pas venues me parler du temps qu’il fait. J’espère que vous pourrez nous donner des nouvelles de l’extérieur. Altar s’est passablement renfermée ces deux dernières semaines.

– Nous ne venons pas de l’Académie, mais nous espérons pouvoir répondre à vos questions tout de même, répondit Elinor. Notre mission est d’une importance capitale.

– J’ai bien peur vous ne puissiez parler au seigneur Altar. Ses affaires le retiennent ailleurs. Et parler à sa sœur ne vous aidera pas beaucoup. Son état de santé ne s’est pas amélioré depuis votre dernière visite.

– Alrick Altar vous a nommé intendant de la cité à ma suggestion. C’est bien à vous que je viens parler.

– Bien. Il serait bien impoli de ma part de vous imposer cet entretien alors que vous êtes trempées jusqu’aux os. Je vous propose de prendre un peu de repos. Je vais vous faire conduire à une chambre. Elle sera rudimentaire, j’en ai peur, et vous devrez vous la partager. Le temple n’est pas destiné à recevoir des visiteurs, le confort y est sommaire. Malheureusement, il ne reste aucun établissement en ville qui puisse vous accueillir décemment.

– Ce sera parfait, le détrompa Elinor en souriant.

– Je vais également faire en sorte que l’on vous apporte de l’eau et de quoi vous restaurer.

Danà goûta à un vrai bain pour la première fois depuis plusieurs mois. Lorsqu’elle était prisonnière de la citadelle, on ne leur apportait qu’un peu d’eau de temps en temps pour la toilette. Et encore, elle avait bien conscience qu’il s’agissait là d’un traitement de faveur parce qu’elle partageait la cellule de leur prophétesse favorite.
Elle prit conscience à quel point ses muscles étaient douloureux en les frictionnant à l’eau tiède.

Elinor vint la rejoindre quelques minutes plus tard, vêtue d’une grossière robe en toile de jute. Danà lui trouva un air changé sans sa tenue d’un blanc immaculé qui donnait cette impression de noblesse. Elle semblait toute petite et considérablement vieillie, les cheveux noirs parsemés de fils blanc, la peau traversée de ridules marquant la fatigue du voyage. Elle l’observait du coin de l’œil en tentant de démêler son épaisse chevelure.

– Attends, je vais t’aider, fit la magicienne attrapant un peigne en os qui avait été déposé là à leur intention.

Elle se plaça derrière l’Elfe et commença à passer d’habiles petits coups, enlevant du bout des doigts les derniers feuillages qui restaient accrochés dans la masse de boucles vermeilles. C’était la période de la saison qu’elle préférait, quand, après le vert de l’été, les cheveux des Elfes des forêts se coloraient de pourpre avant de prendre une teinte d’ébène à la fin de l’hiver puis s’éclaircir à nouveau. Les reflets rouges mettaient particulièrement en valeur la peau dorée de Danà.
La magicienne pouvait voir les longues cicatrices plus pâles qui parcouraient le dos de sa compagne de voyage. Elle frissonna. Les marques de son séjour dans la citadelle mettraient quelques temps à s’effacer, mais la peau des créatures de son espèce finissait toujours par se régénérer.

Comme si elle suivait le fil de la pensée d’Elinor, Danà passa un doigt sur les cicatrices.

– Voilà comment on paye une curiosité un peu trop prononcée, fit-elle durement. Je suppose que c’est ce que vous vous dites.

– Ce n’est pas ta curiosité, mais plutôt ton entêtement qui t’a valu cette punition. Inutile de m’en faire le reproche, je n’ai jamais voulu cela. Et je suis venue te sortir de cette prison où tu t’es toi-même enfermée.

– Vous auriez pu le faire plus tôt. Je suis certaine que vous connaissiez l’emplacement de la citadelle depuis un moment.

Elinor soupira, continuant à passer le peigne dans les cheveux de la jeune femme.

– Je suis allée au Dôme pendant les élections du Réunificateur en temps qu’observatrice. J’étais mandatée par le Conseil des dirigeants des plus grandes contrées d’Edengardh pour vérifier à quel point Paar pouvait exercer un pouvoir sur la classe politique des Hommes. C’était typiquement le genre de mission diplomatique qui me permettait d’observer le monde des humains et continuer cette quête infinie des quatre Éléments. Cette mission, moi seule en avait une vision complète, du fait de mon implication totale – difficile d’être plus impliquée que lorsqu’on est soit même une Émissaire.
Je suis l’Air, je l’ai toujours été. Fille d’un théoricien de la magie, professeur à l’Académie ayant tout suite compris ce que j’étais, j’ai été pour mon père un long et passionnant sujet d’étude : penses-tu, un seul élément apparaît à chaque génération et il s’agissait de son propre enfant. J’ai donc baigné dans les études, avide de nouveaux livres, soucieuse de me connaître entièrement pour pouvoir témoigner aux prochaines générations de la nature de notre pouvoir. Je suis devenue enseignante à la suite de mon père, alors que lui même était pris par ses nouvelles responsabilités de directeur de l’Académie. C’était une évolution logique, sans histoire.
Un jour, j’ai eu l’opportunité de me rendre à Paar en temps que représentante officielle du directeur de L’Académie pour les fêtes du Solstice. Et je l’ai rencontré. L’être impossible. Il était encore très jeune, des cheveux d’enfant, fins et blonds, de magnifiques yeux vert qui se promenaient sur la foule, une expression boudeuse accrochée à ses joues rondes. Alrick Altar, fils du Seigneur de la plus grande cité d’Edengardh. Je m’en souviens comme si c’était hier : on l’avait habillé comme un petit homme alors qu’il n’avait pas encore 5 ans et on l’avait assis entre son imposant père et sa petite sœur, pas encore reconnue comme étant malade. J’étais saisie de stupeur. Et j’ai aussitôt vu dans son expression curieuse qu’il m’avait également identifiée comme une semblable, même s’il ne comprenait pas encore de quoi il pouvait s’agir. Mais pour moi c’était clair. Un autre Élément était apparu alors que le premier était encore en vie. Sitôt rentrée à l’Académie, j’ai passé de longues heures enfermée tour à tour dans la bibliothèque et dans mon bureau à essayer de comprendre ce phénomène incompréhensible. Je me suis battue plusieurs années pour obtenir que le petit garçon vienne étudier à l’Académie, tantôt avec mon père, à qui je n’ai pas confié la véritable nature de son pouvoir, tantôt avec son père à lui, lui expliquant quels avantages cela pourrait représenter pour la cité d’Altar. Il a fini par venir, et nous nous sommes peu à peu liés. Pour le protéger, j’ai obtenu qu’il taise au reste du monde sa véritable identité magique. Ce qu’il a fait. Mais rien ne s’est passé. Aucune trace d’autres Émissaires. Cette histoire a fini par devenir une anomalie dans l’histoire de la magie, à peine une petite fissure dont nous ne voulions parler ni l’un ni l’autre. Alrick avait fini par se complaire à cacher sa véritable puissance aux autres, à la dévoiler seulement s’il en était contraint. J’ai peu à peu renoncé à mes recherches sur ce sujet, sans toutefois abandonner complètement. Puis j’ai rencontré une personne, une prophétesse. Pour être exacte, c’est elle qui a cherché à me rencontrer. Rozen – Rose. Elle avait emprunté le corps d’une élève métamorphe pour accéder à mon bureau. Bon, comme elle ne maîtrisait pas réellement le pouvoir de la petite fille, j’ai du conversé pendant une heure avec un être au corps d’enfant et à tête de cheval, ce qui fut très perturbant, néanmoins elle m’a parlé des étranges pouvoirs de sa petite dernière, une Elfe des Marais développant de curieux dons liés à l’eau. J’ai essayé de ne pas penser à cette histoire, bien entendu, et j’ai mis quelques temps avant de me décider. Mais cela posait question. Trois Éléments ? Pourquoi pas un quatrième ? C’est à ce moment là que je me suis détachée de mes fonctions dans le Haut Conseil, pour aller voir de moi-même de quoi il retournait.

– Vous ne vous êtes pas du tout détachée, je vous ai remplacée après avoir prouvé ma valeur et votre inutilité au sein du Conseil, murmura froidement Danà.

Elinor sourit à ces paroles.

– Oui, l’ambition. Il n’y a pas meilleur façon de quitter un conseil comme celui-ci sans être soupçonnée de remplir une quête plus importante que de se faire remplacer par quelqu’un d’ambitieux, qui n’hésitera pas à tout mettre en œuvre pour accomplir son objectif et, qui est convaincue de sa propre valeur.

– Qu’est-ce que vous voulez dire ? siffla Danà en se retournant brutalement pour faire face à Elinor, laissant ses cheveux glisser des mains de la magicienne.

– Je n’étais pas en cinquième position dans le Haut Conseil, répondit froidement la femme. Si tu m’avais réellement remplacée, tu aurais également pris mon rang, tu ne crois pas ? En vérité, mon remplacement a été fait de manière à ce que je puisse retrouver ma place si jamais je voulais revenir, et pour cela, il fallait que ce soit quelqu’un de niveau inférieur qui puisse assurer mes fonctions, et dans un rang inférieur. Tout le Conseil savait cela.

– Je suis certaine que c’est faux !

– Alors je te conseille d’écouter la suite.
Après vérification, il s’est avéré que la jeune Elfe en question était bien l’Émissaire de l’Eau, continua-t-elle en haussant un peu la voix. C’est à ce moment que je me suis ouverte de la situation à la directrice Aïdelyn. Je lui ai donné des instructions pour retrouver Chloé et la mettre à l’abri si jamais quelque chose devait arriver. Seulement je ne savais pas ce que pouvait être ce « quelque chose ». En attendant, je me suis lancée à la recherche du dernier Élément. Ma position et mes recherches antérieures m’avaient permis de regrouper certaines informations de voyantes concernant la possibilité que la partie d’Edengardh où vivaient les Hommes ne soit pas entièrement visible par elles. Cependant l’information n’était pas certaine, cela aurait impliqué qu’ils sachent faire de la magie, et qui plus est très puissante, d’un niveau que nous n’avons pas nous-mêmes. J’ai donc choisi d’aller en personne au Dôme. La situation était parfaite, les élections du nouveau Réunificateur allaient attirer tout le peuple Humain dans la capitale. La possibilité que l’Émissaire de Feu en fasse partie était donc importante. J’ai intégré le comité de surveillance des élections dont j’ai déjà parlé. Et, avec une aide intérieure, je suis rentrée en contact avec l’Émissaire en question, Eli-Ann, une jeune esclave Olm. Je voulais faire en sorte qu’on me la présente le plus tôt possible, mais à ce moment j’ignorais encore l’enlèvement d’Oztas et le fait que Paar soit au courant pour la prophétie. La citadelle a réagi bien plus rapidement que moi, mariant la petite à l’un des leurs, dans le but de lui faire quitter discrètement le Dôme pour rejoindre la mythique capitale cachée. Puis l’explosion, dont je n’ai réussi à me sortir qu’avec beaucoup de chance. Par bonheur, Eli-Ann aussi, sous la protection de son garde personnel. Ils nous ont échappés, mais seulement pour tomber entre tes doigts. Tu peux imaginer mon soulagement ! Nos intérêts communs étaient saufs.

Un vent glacial parcourut la pièce, éteignant les bougies qui éclairaient la pièce.

– Mais lorsque mon serviteur est venu demander que l’on me restitue la jeune Élément, il s’est vu opposé un refus de ta part.

– Je n’avais pas à vous obéir, vous ne faites plus partie du Conseil. J’étais bien plus qualifiée que vous pour cette mission.

Les courants d’air étouffaient le feu brûlant dans l’âtre, répandant de petits nuages de cendre dont l’Elfe se débarrassa en agitant la main, indifférente.

– Alors, à mon appel, un membre du Conseil de niveau supérieur est venu en observation. Je lui avais donné pour mission de pousser au maximum les recherches sur la citadelle et l’explosion du Dôme, tout en faisant en sorte de garder Eli-Ann en sécurité.

– Mercurios n’avait que faire de l’Olm. Il voulait retrouver la citadelle !

– Mercurios mentait. Il ne comptait pas réellement aller à la citadelle. Sa route allait s’arrêter à l’entrée du Dôme pour ne pas mettre tes prisonniers en danger. C’était sa mission de regarder ce qui était advenu de la Vallée du Dôme. Et tu l’as tué. De sang froid, tu as commis un meurtre sur l’un des tiens.

Sur ces derniers mots, une bourrasque plus violente souleva Danà du bac d’eau et la projeta sur un mur en arrière, formant des liens invisibles qui la maintenaient fermement debout, à quelques centimètres du sol. Le vent froid jouait avec les gouttes qui glissaient le long de son corps nu, les figeant en perles de glace.

– Par ambition, encore une fois, et par bêtise, tu nous as tous trahis. Et tu t’attends à ce que j’éprouve la moindre compassion pour les quelques griffures que tu as dans le dos ? Si ça avait été moi et non Alrick qui était venu récupérer Eli-Ann et Joshua, crois-moi, tu ne serais plus de ce monde. Ni d’aucun autre d’ailleurs ! Je t’aurais tellement détruite que Lynrel elle-même n’aurait pas pu reconstituer les parcelles abîmées de ton âme. Et encore, après tu as choisi de te rendre seule à la citadelle. Quelle pitié que les archers ne t’aient pas abattus lorsqu’ils t’avaient en joue ! Te garder était idiot, comme si tu étais au courant de quoi que ce soit d’important.

L’Elfe des Forêts battait des pieds, fouettait de ses mains l’air autour de son cou sans réussir autre chose que griffer sa propre gorge. La pression était de plus en plus forte, elle ne parvenait plus à reprendre de l’air.
Puis la pièce redevint parfaitement calme. Danà s’écrasa sur le sol, reprenant difficilement son souffle en toussant et crachant. Elinor s’accroupit auprès d’elle.

– Je ne vais pas te tuer. Je ne suis pas comme toi. Mais sache que la punition qui t’attend te fera sans doute regretter que je ne m’en sois pas chargée aujourd’hui. Maintenant je t’ordonne de me suivre, de m’obéir sans discuter et de me servir si jamais je le veux. Tu n’es plus rien. Tu n’appartiens plus au Conseil, et je te déclare esclave d’Edengardh.
Dépêche-toi de te préparer, nous sommes attendues par le Haut Prêtre, et il serait très impoli de le faire attendre.

Elle lui jeta une robe de la même matière que la sienne. Danà lui lança un regard mauvais mais enfila le vêtement sans rien dire.

– Nous venons ici pour parler guerre, nous ne pouvons nous permettre d’afficher des clivages internes. Je vais te garder à l’œil, crois moi.


 


9 réactions pour Chapitre 16 : Déclaration de guerre

  • Raphaëlle  dit:

    Ahhh, j’aurai bien validé le défi du canard mais il n’y a pas de troll dans l’histoire ^^ Et j’aurai peur que tout Edengardh se mette à le suivre ! Mais j’aime beaucoup la référence 😉
    Je vais choisir le défi de Caroline, c’est amusant et j’aimerais bien savoir ce qu’Emmanuel va en faire !

  • Marie-Ange  dit:

    Chapitre intéressant ! Leinor se dévoile et cela laisse présager de nombreux rebondissements. Pour défi je proposerais qu’un des personnages de la troupe d’Alrich puisse avoir une révélation de ce qui se passe à Altar…par prophétie ? Transmission de pensée ? Ou…téléportation? 😉

  • Léna  dit:

    5 défis stupides :
    -un des personnages suit un canard et se perd
    -un des personnages perd du temps en rédigeant une bibliographie
    -un des personnages doit apprendre à nager
    -il neiiiiiiiiiige!
    -la prophétesse naine tricote un pull pour Alrick
    Voilà, bonne soirée :p

  • L. W.  dit:

    Pour rebondir sur le commentaire de Jonathan, je verrais effectivement bien Elinor avec un fouet pendant qu’elle « punit » Danà (le mot a été lâché par l’auteur, je n’invente rien :P).
    Mais j’ai quand même bien aimé la scène. ^-^
    L’elfe s’écrase, prise de conscience future ?
    Elinor est dangereuse et ça me plaît beaucoup, ça annonce du lourd pour la suite.

    Pour le défi, je verrais bien deux personnages se tenir la main. Ça peut aller de la simple poignée de mains amicale à l’étreinte torride pendant l’amour, selon l’appréciation de l’auteur.

    • Jonathan B.  dit:

      Je suis heureux de voir qu’il n’y a pas que moi qui ai vu cette fameuse scène sous cet angle là. Mon esprit n’est donc pas aussi pervers et dérangé que je le pensais. Ou du moins, il n’est pas le seul 😀

      • Emmanuel Del Canto  dit:

        Je dirais qu’il n’est pas le seul, vous êtes pires que Rosaline tous les deux. :p

  • Jonathan B.  dit:

    Bien ce chapitre. On verse dans un nouveau genre, le sadomasochisme lesbien. Pourquoi pas, c’est inattendu. A ce moment là j’me suis posé une question : quel merdier peut-il bien y avoir dans la tête de l’auteur ?!!
    Mais le chapitre est vraiment cool. Dana la chieuse qui se botter le cul, Elinor qui se pose en taulière. C’est plutôt chouette. Ça change des émissaires qui sont tous loyal bon, pour parler en termes D&D. Elle sera un personnage pendant la guerre.
    Next please ! 🙂

  • Léna  dit:

    Yay! Super chapitre =)
    Bon, du coup mon défi d’empêcher un des personnages de se laver alors qu’il en a besoin ne tient plus, puisqu’on a déja un bain.
    Alors en attendant de trouver de l’inspiration, je plussoie le défi de Caro, pour la gloire de JP! 😀

  • Caroline  dit:

    Très bon chapitre ! Danà reçoit enfin la leçon qu’elle mérite.
    Ce chapitre éclaire les événements du Dôme d’une autre lumière.
    Pour le prochain chapitre j’aimerais que quelqu’un utilise une expression et découvre que son sens littéral est vrai aussi. Ex : un personne dit « ça ne mange pas de pain » pour signifier qu’une créature n’est pas extraordinaire et il se révèle que cette créature ne peut pas manger de pain. Bonne chance 🙂

Donnez votre avis !

Vous pouvez utiliser les balises HTML et attributs suivants : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>