Chapitre 18 : Les sous-sols du temple


Depuis que la pluie avait cessé, laissant place à un ciel morne, le bruit de la reconstruction du village avait envahi le temple. Hommes et femmes s’affairaient pour rendre à Altar sa splendeur perdue. Autant qu’Elinor pouvait en juger, les travaux avançaient vite, néanmoins le passage continuel des ouvriers sur le sol détrempé avait fini par le couvrir d’une boue épaisse et glissante. La femme n’avait pas mis les pieds hors des murs du temple depuis les quelques jours où elle était arrivée.

Les prêtresses lui avaient fourni un ouvrage afin de s’occuper les mains et patienter le temps que les routes soient à nouveau praticables. Mais plutôt que de se distraire, elle y jetait ses pensées, comme si la mise en forme de la tapisserie allait aider à les réorganiser. La broderie n’avait jamais été son occupation favorite, elle la trouvait même complètement inutile. Cependant, après l’agitation qu’elle avait causé dans le temple quelques jours auparavant, pendant son entretien avec le Haut Prêtre, elle jugeait utile de se conformer au rôle que l’on attendait d’elle afin d’apaiser les esprits.

Un coup sec retentit sur les vitres de la chambre, la faisant sursauter. L’invitée qu’elle attendait depuis un moment venait d’arriver. Elle se leva, abandonnant l’ouvrage sur le fauteuil en velours pour introduire Khalli dans la pièce. Le rapace étira ses longues ailes pour s’ébrouer, se débarrassant ainsi de l’eau du voyage.

– À force d’avoir le physique d’un animal tu commences à te comporter comme tel, observa Elinor en souriant.

– Heureusement que non, répondit l’aigle d’un œil malicieux, quoique je serai curieuse de voir à quoi pourrait bien ressembler ma descendance. Et puis je respecte quelques règles d’hygiène auxquels mes compatriotes ne prêtent pas attention.

– Le contraire serait vraiment gênant …

– Tu ne crois pas si bien dire.

– Tu en as déjà rencontré ? Je veux dire, de ces aigles majestueux qui vivent dans les montagnes.

– Non, non. Ce sont des animaux, ils ne sont pas aussi aveugles que nous. Ils s’apercevraient tout de suite que je ne suis pas des leurs.

Elinor pinça les lèvres en retournant s’asseoir, la tristesse de la créature était palpable. L’animal se posta sur l’accoudoir, à ses côtés.

– Tu es seule ? demanda-t-il.

– Effectivement.

– C’était une question rhétorique pour savoir où se trouve l’abomination que tu transportes avec toi.

– Tu ne devrais pas être trop dure avec Danà. Elle… a trouvé une utilité ici.

Khalli lui laissa le temps de poursuivre, mais voyant qu’elle n’y comptait pas, elle lui mordilla les doigts. Elinor secoua la main, laissant l’aigle s’envoler à travers la pièce, faire quelques tours avant de se reposer sur une poutre de bois en hauteur.

– Qu’es-tu venue faire ici ?

– T’avertir de ce qui se passe par le monde, simplement. Cela pourra t’être utile si tu veux convaincre le Prêtre. Les choses se sont singulièrement accélérées depuis que tu es partie. J’ai complètement perdu le contact avec Oztas et la petite Émissaire du Feu. Depuis le jour de votre départ, environ, le sol de l’Erinlach a commencé à trembler, très légèrement, comme si une force lointaine se mettait en branle. Ce n’était pas comme lorsque Aïdelyn a disparu, pas un de ces longs fourmillements qui a fait frissonner l’écorce terrestre. C’était plus rythmé, plus militaire, mais aussi plus désordonné. Je ne comprenais pas.

– Tu es donc allée voir, je suppose.

– Oui, j’ai volé au dessus des forêts humaines sans vraiment savoir ce que je cherchais, tant le bruit était diffus. Une vibration irrégulière qui, souvent, s’achevait à la nuit tombée et reprenait en plein jour. Mais je ne trouvais rien, hormis quelques hommes effrayés qui parcouraient le territoire de long en large, avec comme point de départ la citadelle. Tu vois de qui je veux parler, ces grands gardes pourvus d’une force incroyable.

– Les gardiens de la citadelle ? C’est impossible, le Berger ne les laisse jamais sortir. Ils sont son arme maitresse. Ils représentent à la fois sa plus grande force et sa pire faiblesse. Ils sont la clé vers la citadelle et le secret de sa position.

– Un secret qui commence à s’étioler, fit Khalli en secouant la tête. Depuis que le Dôme est tombé, les hommes n’ont plus d’endroit pour se retrouver. Leur vie est une lutte contre l’extérieur, ils ont besoin d’une forteresse pour les accueillir si les choses tournent mal.

– Ils ne devraient avoir de soucis à se faire, répondit Elinor en fronçant les sourcils. Ils ont gagné pas mal de temps en nous attaquant les premiers. Nous n’avons pas la force nécessaire pour les affronter.

– Sauf si ton intuition s’avère exacte.

– Ils ont peur de quelque chose, murmura Elinor.

– C’est aussi ce que je pense. Ils sont en train de réunir leur force, mais pas pour attaquer, plutôt pour se défendre. La citadelle se ferme. Les prisonnières importantes ont été tirées des geôles pour être transportées ailleurs. Je ne sais pas où, je ne peux pas le savoir. Il y a ce garçon blond qui veille, chevauchant un léviathan ailé de métal. Il survole sans cesse les bâtiments, tel un dragon qui protège jalousement un trésor. Derrière les fenêtres, des créatures gigantesques sont postées, cachant les ombres qui se déplacent dans la tour principale.

Khalli fait une pause pour peser chacun de ses mots.

– Je me suis vite aperçue que c’est le bruit d’une armée que l’on déplace que j’avais entendu. Des milliers d’hommes appelés de partout par les gardiens de la citadelle qui s’y rendent. Les marais se vident de leurs populations. Ce repli est inquiétant alors que la citadelle est victorieuse.

– En dix mille morceaux aura brisé la terre,
Et réveillé la haine de ces malheureux hères…

– Je ne veux pas en entendre plus, cracha le rapace en agitant ses ailes.

– Ce n’est qu’une simple théorie, soupira Elinor. Une simple interprétation de la prophétie qui dit qu’une puissante forme de magie se sacrifiera pour protéger les Émissaires et évitera le malheur de leur réunion. Cette intervention dégagera une puissance telle qu’elle déchirera la terre en plusieurs milliers de morceaux, créant ainsi des fissures, des brèches d’où sortiront des créatures oubliées. Ces créatures ont été un jour des êtres de ce monde, ont combattu dans une grande bataille et ont été emportées par la mort pour la gloire de leurs Dieux. Cependant ces mêmes Dieux, horrifiés par la guerre qu’ils n’avaient pas voulue, ont tenté de faire revivre les malheureux, épuisant pour cela une grande partie de leur puissance. Une force phénoménale mise en place pour une idée folle : on ne pouvait arracher tant de soldats à ce sort. Ils se sont épuisés à la tâche, et, en définitive, ont seulement réussi à agiter les nerfs de leurs cobayes, les animant du dernier sentiment que les pauvres avaient ressenti avant de trépasser : la rancœur. Les créatures étaient simplement capable de détruire. Dégoutés, les Dieux se sont servis de leur dernière puissance pour les enfermer par delà notre monde, avant d’en disparaître à leur tour. Mais sans parvenir à les en isoler complètement, puisque ce sont tout de même des êtres de ce monde. Ils sont resté derrière le voile des réalités pendant des centaines d’années. Aujourd’hui, les habitants d’Edengardh se sont élevés au dessus de leur condition, utilisation combinée de la magie et de la technologie et, voulant défier la puissance des Dieux, ils récupèrent leur pire fléau. La question reste de savoir si leur nouvelle puissance sera brisée à son tour… ou si nous pourrons assumer les conséquences de nos actes, et survivre.
Ceci dit, cette hypothèse ne fait pas consensus, même au sein de la Haute Académie.

– Et que se passera-t-il si jamais les Émissaires sont réunis ?

– Toujours d’un point de vue théorique ? La question est encore en débat.

– Alors disons… quelle en est ton interprétation ?

Elinor fronça les sourcils. Elle se retourna vers la fenêtre, comme pour choisir ses mots. Elle allait répondre quand elle fut interrompue par l’ouverture brutale de la porte qui fit sursauter son amie.

Un souffle léger parvint à la femme qui eut seulement le temps de se retourner quand Danà, défaite, toutes griffes dehors, vint s’écraser contre le mur d’air qu’elle avait rapidement dressé pour se protéger. Avec une vivacité féline, l’Elfe se recula pour mieux attaquer en la prenant de revers. Elinor la regarda foncer vers elle et se dématérialisa juste avant l’impact, pour se reconstituer devant la porte. Une masse rouge de cheveux et soierie se répandit par terre.

– Je vous déteste, rugit Danà, je vous maudis ! Vous croyez que vous avez le droit de tout faire ? Vous vous jouez des gens comme s’ils n’avaient pas d’existence propre dans votre grand dessein. Comment pouvez-vous être aussi cruelle ? Soyez maudite ! Qu’une forêt de ronce soit désormais votre tombeau ! Qu’un orage se déchaine et qu’il gronde là haut ! Va, ma colère, cours et porte, par delà l’horizon, au château et alentours, cette malédiction. Plus jamais vous serez tranquille. Je vous poursuivrez de mes mots jusqu’à ce que j’obtienne réparation.

– J’en conclus que notre hôte est prêt à nous entendre, répliqua froidement Elinor.

– Vous êtes une sorcière !

– Ah vraiment ? se moqua la femme. Alors comprends bien que tu as eu tort de me défier par le passé, moi, et toutes les forces de l’enfer. Khalli, il n’y a rien à en tirer. Oh, quel déshonneur au royaume des forces du mal.

Elle s’approcha précautionneusement de la jeune Elfe.

– Tu n’as pas idée de tout ce que j’essaye faire pour ce monde.

– Et voyez ce que vous avez fait de moi. Vous m’avez rendue inférieure à la dernière créature de ce monde. Je vous ai offert tout mon temps, acceptant votre punition, et vous m’avez même ôté le droit à disposer de mon propre corps.

– Si passer par son lit peut nous aider à avoir toute son attention, alors c’est un sacrifice que je suis prête à faire.

– Tant qu’il ne s’agit pas de vous même ! On ne peut pas dire que vous preniez un grand risque.

Elinor ne répondit pas. Elle attrapa une étoffe et s’en drapa. Elle sortit sans tenir compte des cris hystérique de la jeune Elfe, Khalli, silencieuse, s’envola à sa suite.

*****************

L’animal perché sur son épaule, Elinor attendit un court instant d’être introduite dans la grande salle qui servait régulièrement pour les audiences en l’absence du seigneur. Celle-ci était située dans une des ailes reculées du temple, avec sa propre ouverture vers l’extérieur. Les heures d’audience se trouvaient en dehors des services religieux qui pouvaient occuper le Haut Prêtre.

Une prêtresse muette s’effaça de devant la porte et lui fit signe d’entrer.

Il y avait des années que la femme n’avait pas mis les pieds dans cette salle. À cette époque, elle avait servi de lieu pour la cérémonie officielle de remise des pouvoirs du Seigneur d’Altar au vieux religieux. Mais elle était alors moins austère, et plus remplie.

Elinor pouvait entendre le léger frôlement des semelles en chanvre des souliers qu’on lui avait prêtés sur le sol de marbre, ainsi que les bruissements des ailes de Khalli qui lui revenaient en écho. Le temple semblait avoir aspiré l’énergie de ce lieu. S’il n’était pas aussi bien entretenu, elle aurait pu le croire inutilisé depuis longtemps. Mais elle n’en tint aucun compte. Elle avait elle-même placé l’homme dans cette fonction, sachant qu’il pourrait avoir de l’influence sur elle, et qu’au contraire, elle allait le transformer.

Le vieil homme, regardant par la lunette d’un télescope, ne l’entendit même pas arriver. Ce ne fut que lorsqu’elle se racla la gorge qu’il se retourna vers elle, comme s’il la voyait pour première fois. Puis, l’instant d’après :

– Ah, c’est vous ! Je ne vous attendais pas si tôt !

– Je me suis fait annoncer pourtant.

– Oui, oui. Excusez-moi. Je perds la notion du temps parfois. J’étais perdu dans l’immensité du ciel, voyez-vous. Maintenant que les nuages se sont dissipés, on peut de nouveau voir les vents solaires qui se heurtent à l’enveloppe protectrice. Voulez-vous voir ces myriades de couleur qui s’épanouissent au dessus de nous ? J’aime particulièrement les palettes de rose-orangé qui nous sont offertes le matin. Cela faisait quelques temps que nous n’avions pas pu les observer. L’hiver est particulièrement nuageux cette année.

Elinor soupira. Cet homme passait d’une lubie à l’autre depuis toujours. Son caractère instable le rendait difficile à tenter. Et quelque peu volatile.

– Comment pourrait-on réellement penser que les Dieux nous ont abandonnés en voyant ce spectacle ? continua-t-il. Sa simple vision me redonne la foi. Ces vents violents nous abattraient sur-le-champ si les Dieux ne nous en protégeaient pas en dressant ce mur invisible. Et ils nous laissent chaque jour contempler leur œuvre et nous rappeler notre insignifiance à travers ces couleurs chatoyantes.

– Vous vous êtes fort bien approprié le lieu, apprécia Elinor en regardant autour d’elle. Vous êtes devenu le Seigneur ici, au point que les plus jeunes enfants ne reconnaîtraient pas leur maître s’il venait à réapparaître.

– M’accuseriez vous d’usurpation ?

– Moi ? Jamais ! Au contraire, je dois vous féliciter pour votre implication dans cette communauté. Vous avez su faire d’Altar, ce village résidentiel pour la famille seigneuriale et simple lieu de pèlerinage, une véritable capitale de leur territoire. Son rayonnement économique en fait une des villes principale d’Edengardh. L’idée des travaux sur la rivière pour relier la ville au port et en faire un axe commercial incontournable… Brillant. Et cette organisation des quartiers de la ville elle-même est très ingénieuse. Les rues sont assez larges pour permettre le déballage des étales, et donc favoriser le développement des affaires. Rien à voir avec le village que j’ai quitté il y a une dizaine d’années, lorsqu’Alrick s’est lui aussi retiré pour vous confier l’administration de son fief. On dit que la fête pour le Solstice d’hiver est un événement particulièrement attendu dans tout Edengardh, et que les plus hautes autorités s’y présentent. Je me sens vexée, sachez le, de ne pas avoir eu d’invitation.

– Nos invitations se destinaient essentiellement aux membres importants de la Haute Académie, nous n’avons pas songé à vous.

– Vraiment ? Ah ! Oh et vous osez l’avouer sans honte ? J’avais espéré que ce n’était là qu’un fâcheux oubli. Mais puisqu’il en est ainsi, ma foi, je m’en vais.

Elinor esquissa un pas vers la sortie et fut aussitôt retenue par le gros homme, tout penaud.

– Je suis désolé, cria-t-il. Ce n’était pas ce que je voulais dire.

– Bien sur, très cher. Je l’excuse au point que je vais, moi aussi, m’occuper de l’avenir de cette ville.

– Je ne peux pas vous accorder ce que vous voulez, je vous l’ai déjà dit il y a quelques jours. C’est impossible !

– Et j’ai pu constater que vous aviez encore profité de mes présents aujourd’hui. Vous comprenez bien que vous ne pouvez pas encore une fois accepter mes offres sans jamais accomplir quoi que ce soit pour moi. Je vous ai confié le contrôle d’Altar pour que vous puissiez l’enrichir à votre guise. Je peux très bien retirer tous les avantages que vous avez grâce à moi. Ou bien vous en fournir d’autres, comme aujourd’hui.

– Il n’y a personne pour prendre ce rôle ici.

– Il y a des centaines d’ambitieux à l’Académie formés pour devenir Intendant de cité telle que celle-ci. Soyons clair, un chef religieux qui dirige une ville de cette importance, est-ce réellement sage ? Alrick saura être sensible à ce genre d’argument.

– J’ai fait d’un misérable village de campagne une ville puissante, contredit l’homme, la voix tremblante.

– Vous oubliez l’emprise que je peux avoir sur cet homme !

Le Haut Prêtre soupira et se gratta le front. Il rejoignit l’imposant trône et s’assit. Son air pensif ajoutait des rides soucieuses entre ses sourcils fournis.

– Je vous écoute.

– Très bien. Ça fait bien longtemps que nous n’avons pas parlé avec autant de franchise tous les deux. Je vais donc continuer à être aussi claire : je vous ai laissé quelque chose en partant, il y a dix ans. Une mission. Je veux maintenant savoir comment vous vous en êtes tiré.

Il s’agita sur son siège, mal à l’aise. Mais on n’échappait pas aussi facilement au regard de la femme. Il eut l’impression que la température avait quelque peu baissé.

– Ce n’est pas moi qui m’en suis occupé, mais les Sylphides. Il faut savoir que nous avons connu une épidémie importante au cours de la cinquième année. Une partie du cheptel a été touché, nous avons dû les remplacer au plus vite. Il y aura donc quelques sujets un peu plus jeunes. Par chance le mode de reproduction chez les S…

– Trêve de discours. Je veux les voir.

Le gros homme pinça les lèvres avant de se lever de son siège. Il passa les doigts dans des cheveux fins et rares avant de lui proposer son bras, qu’Elinor accepta de bonne grâce. Il écarta machinalement la tenture qui se trouvait derrière le trône et les fit pénétrer dans un couloir obscur et parcouru de courants d’air. Elinor frissonna et porta une main à son cou, mais se laissa néanmoins entraîner plus en avant. Elle avait déjà parcouru les lieux. Le couloir semblait taillé à même la pierre avant de descendre dans les entrailles de la terre. Le Haut Prêtre saisit une torche dont la flamme luttait contre l’air froid et entama la descente, suivi de la femme en blanc. Le trajet, elle le savait, pouvait les mener des sous-sols du temple jusqu’aux sous-sols du château s’ils le continuaient un long moment. Mais ils n’iraient pas si loin.

Elinor sentit les poils de ses bras se hérisser au contact de cet air humide. Ses narines se fronçaient en sentant l’odeur âcre caractéristique d’une vie enfermée depuis trop longtemps. Les Sylphides tenaient leur force de leur faible exposition au soleil. Les vastes souterrains, qui couraient sous le temple et s’épanouissaient sous la montagne avant de finir au pied du château d’Altar, étaient donc parfaits pour élever de jeunes créatures de la race.
Elinor avait rencontré ces êtres à travers ses voyages, et les avait déplacés afin de pouvoir les étudier. Le port de plaisance de la ville d’Altar, alors rien de plus qu’un village de pêcheurs pourvu d’un modeste temple, avait été un lieu parfait pour cela car proche de la mer et bénéficiant d’un air iodé vital pour leur bonne constitution. Les Sylphides n’avaient pas tardé à se faire un nid dans les sous-sols du temple où ils étaient retenus. Mais très vite, il était apparu que les deux sexes n’étaient pas faits pour vivre ensemble. Les femelles se montraient très dominantes, et ayant un contrôle presque absolu sur les mâles, malgré le fait que ceux-ci soient presque deux fois plus grands qu’elles. Elle avait donc décidé qu’ils allaient être séparés. Les femelles serviraient le temple sous le nom de prêtresses muettes, alors que les mâles auraient un entrainement spécifique pour devenir des combattants, prêts à défendre le monde d’Edengardh si besoin. Ou plutôt, dès que leurs femelles leur en donneraient l’ordre.

– Les Sylphides femelles n’ont jamais eu aucune réaction qui aurait pu laisser penser qu’elles ressentaient de l’empathie pour les prisonniers ?

– Ce ne sont pas réellement des créatures promptes à ressentir ce genre de sentiments, murmura l’homme. De plus, j’essaye de ne pas trop les approcher. Je trouve leur espèce proprement horrifiante.

La femme eut un sourire en entendant ces paroles, qu’elle réprima bien vite en évitant une marche que l’écoulement d’eau avait abîmée.

– Toutes les créatures ont leur faiblesse. Le tout est de garder ces particularités sous contrôle. Et pour cela, rien n’est plus efficace que de leur accorder ce qu’elles désirent à une dose raisonnable.

Arrivé à la fin de l’escalier, le Haut Prêtre s’effaça pour laisser apparaître une colonie de Sylphides mâles plus importante qu’Elinor n’en avait jamais vue. D’une hauteur impressionnante, tout en muscles, ils avaient de quoi faire trembler de peur le plus puissant des guerriers Hommes ou Elfes. Ils avaient une peau grise, se déclinant en divers sortes de bleu, à l’instar de leurs compagnes. Leur torse, imposant, était couvert d’un tatouage si profondément incrusté dans leur chair pourtant épaisse, que l’on pouvait distinguer à l’œil nu les traces de brûlures qui le cernaient.

La femme sentit un courant de confiance revenir en elle. Il y avait de ces guerriers à perte de vue. S’il devait y avoir une guerre, la cité aurait une armée puissante pour la défendre. Sans que nul autre qu’elle-même ne soit au courant.


 


4 réactions pour Chapitre 18 : Les sous-sols du temple

  • L. W.  dit:

    Revenir de vacances et avoir deux chapitres d’un seul coup, quel bonheur !
    J’aime beaucoup ce chapitre. Comme le dit Léna, ce n’est pas une bataille du bien contre le mal, mais plutôt une guerre de convictions où chacun a ses intérêts…
    Elinor est une vraie pourriture, j’en suis presque amoureuse.
    On découvre aussi peu à peu les espèces qui peuplent Edengardh et ça, j’adore.

  • Léna  dit:

    Genre, la fille qui commente une semaine après avoir fini de lire le chapitre. (le temps que ça monte au cerveau)
    J’aime beaucoup ton chapitre (même si apparemment toi pas trop^^), surtout le manichéisme qui diminue, on commence à se poser des questions…
    Défi : Déja fait, pas accepté! J’le reposerai au prochain tour nah 😀

  • Caroline  dit:

    Elinor est une sacrée manipulatrice ! Au fait vous allez me trouver nulle mais je n’ai pas vu le défi dans le texte… Un indice ?
    Pour la prochaine fois je propose de faire un flash back sur un événement de la vie d’un personnage.

    • Léna  dit:

      Caro : Y’a une sorcière, un château et une forêt de ronces qui se promènent… 🙂

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