Chapitre 20 : Déchirement


Le Haut Prêtre avait fait accompagner Elinor par une de ses prêtresses Sylphides lorsque celle-ci avait émis le souhait d’aller plus en avant dans les souterrains, afin de se rendre jusqu’au château des seigneurs d’Altar. Néanmoins, elle s’en était débarrassée dès qu’elle avait pu, sachant pertinemment qu’il serait de mauvais goût d’entrer dans l’édifice flanquée d’une de ces créatures. C’est donc avec Khalli à ses côtés que la vieille émissaire avait parcouru les couloirs humides et délabrés qui perçaient le sous-sol jusqu’en dessous de la colline où était construite la bâtisse. Il était évident que, passées les salles réservées à l’habitat et l’entraînement des guerriers, la structure souffrait d’un manque cruel d’entretien. La femme crut plusieurs fois qu’elles allaient devoir faire demi-tour en voyant le plafond que le ruissellement de l’eau avait fragilisé, qui s’émiettait sous les vibrations de son souffle. Les battements d’ailes silencieux du rapace, parti en éclaireur, la précédaient toujours d’un ou deux mètres. Elinor se montrait déjà satisfaite de ne pas avoir eu à emporter de torche : le feu n’aurait pas supporté l’atmosphère chargée d’eau et parcourue de courants d’air.
Les souterrains étaient un ancien réseau de galeries creusées pour l’extraction d’ambre incandescente, un matériau semi-précieux dégageant une lumière douce qui avait fait la richesse première de la famille Altar. Depuis des centaines d’années les travaux de forage avaient cessé, n’étant plus une nécessité pour la famille dirigeant la ville qui s’était ensuite bâtie une économie plus solide à travers la diversification de ses revenus, ainsi qu’en raison de la fragilisation du sous-sol qu’ils pouvaient causer. L’ambre incandescente, cette curieuse résine luminescente orangée veinée de rubis, était devenue une richesse potentielle en cas de coup dur, et les souterrains d’Altar, le mythe d’un trésor en repos pour le peu de gens qui en connaissaient l’histoire.

Après environ une heure de marche, Elinor vit Khalli revenir vers elle et se poser sur son épaule.

– Il y a une échelle un peu plus haut, elle doit mener au château si j’en crois tes estimations. Mais il faudra faire bien attention, le bois est très endommagé par l’humidité.

– Heureusement, je ne suis pas bien lourde, soupira l’émissaire en retour.

Effectivement, la structure de bois, qui avait dû être solide à une époque, était devenue souple avec le temps. La femme posa sa main sur un barreau intermédiaire qui se plia légèrement comme si elle s’y était appuyée de tout son poids. Elle laissa son manteau au pied de l’échelle et, lorsque son corps eut perdu de sa consistance, elle grimpa d’un pied plus léger. Elle n’eut ensuite qu’à soulever la trappe qui la séparait d’une pièce sombre, où elle se hissa. Khalli la rejoignit en deux battements d’ailes avant qu’elle ne referme la trappe, les privant ainsi de lumière.

Elinor pouvait à nouveau sentir la pierre contre ses pieds.

– Par ici, fit-elle en secouant sa main dans le noir. Je peux m’orienter dans ce château les yeux fermés.

– Impressionnant.

– Pas vraiment. J’ai longtemps séjourné ici. Disons que j’ai pris un intérêt certain à l’éducation des enfants Altar. Alrick me fascinait, bien sur, en temps qu’Émissaire. Mais sa sœur n’en était pas moins une étrange fille. Disons qu’elle a longtemps était considérée comme… dérangée. Il n’est pas simple d’écouter une enfant qui parle et décrit des choses qui sont en dehors de notre réalité, surtout lorsque nous ne voulons pas l’entendre.

Après avoir parcouru un dédale de couloir qui les emmenait au cœur du château, elle poussa une porte massive pour arriver dans une pièce surchauffée où brûlaient, outre un grand feu dans la cheminée, une quantité impressionnante de bougies et chandelles. Allongée lascivement sur un sofa luxueux, une femme richement parée d’une robe de soie vert d’eau brodée d’or, et coiffée comme pour partir à une réception, semblait plongée dans sa lecture. Elinor frappa contre la porte de bois et entra sans attendre de réponse. La femme leva les yeux de son ouvrage, qu’elle laissa glisser contre sa poitrine, découvrant ainsi le bas de son visage. Celui-ci était transfiguré par d’impressionnants stigmates qui laissaient des cicatrices blanchâtres en hauts et en bas de ses lèvres. Des balafres de différentes teintes rosées faisaient le lien entre chacun des trous que l’on avait dû percer dans sa chair et qui avaient fini par se recomposer.

– Elinor, prononça difficilement la femme comme si ses lèvres n’étaient qu’un amas de tissu compliquant sa diction, mais sans afficher la moindre surprise. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu le plaisir de votre visite !

– Noïlys, fit Elinor en la saluant de la tête, méfiante.

– Désirez-vous du thé très chère ? Cela fait une é-ter-ni-té que je n’ai pas eu la chance de partager mon thé avec quiconque. Asseyez-vous, je vous en prie, ainsi que votre chose. Décidément, vous avez toujours eu le goût pour les créatures étranges.

Noïlys posa son ouvrage à côté d’elle sans prendre soin de marquer la page. Elle se pencha sur la théière fumante et servit trois tasses comme si elle s’était toujours attendue à avoir des invités, ses petits doigts blancs tapotant nerveusement sur la porcelaine.

– Vous sembliez attendre quelqu’un, croassa Khalli avant que sa compagne puisse faire un geste pour l’arrêter.

– Mais j’attends toujours quelqu’un, reprit joyeusement la femme brune. Il vaut mieux, lorsqu’on est dans ma situation, sans quoi il y aurait de quoi désespérer. Imaginez que vous pensiez que le monde entier vous fuie, malgré votre rang, malgré votre importance. Imaginez que le monde ait peur de vous.

Sa voix se fit plus dure au fur et à mesure de son discours.

Elinor lui prit la main, mais la femme se dégagea.

– Ne vous moquez pas de moi ! cria-t-elle d’une voix suraiguë. Vous croyez que je ne sais pas pourquoi vous êtes là ? N’est-ce pas la même raison que celle pour laquelle vous m’avez destinée à la prêtrise ?

Sur ses mots, elle se calma instantanément, et parut se passionner par la remise en place des plis de sa robe.
Khalli jeta un regard interrogateur à sa compagne qui affichait, quant à elle, une figure soucieuse.

– Bien, puisque tu sembles savoir pourquoi nous sommes là, je ne vais pas faire comme si cet entretien était une visite de courtoisie. Il vaut mieux que nous parlions franchement. La terre tremble depuis la disparition d’Aïdelyn, tu dois l’avoir remarqué.

– Oui, oui, elle tremble, acquiesça Noïlys, l’air absent. Les fissures du monde se déchirent à nouveau, elles sont proches, tellement proches de s’ouvrir. Un courant nerveux les parcourt, une vie qui veut elle aussi échapper à sa situation. Elle ferait n’importe quoi pour s’en échapper. C’est terrifiant, absolument terrifiant.

Puis la femme se ressaisit : « Mais vous n’avez pas touché à votre thé ! Allez-y, je vous en prie. J’en ai moi même tellement bu que j’ai l’impression d’être un petit peu ailleurs. » avant d’éclater d’un rire cristallin.

Elinor repoussa sa tasse du bout des doigts.

– Non, merci.

– Bien sur, ricana Noïlys d’une voix  hystérique. Je n’ignore pas qui prend le soin de nourrir mes besoins en herbe. Qui a intérêt que cette folie ne s’éteigne pas en moi. Même si cela me consume de l’intérieur et m’achève.

– Ta dépendance en ces herbes est trop forte. J’aimerais te dire que tu pourras arrêter, mais ce n’est pas quelque chose que l’on arrête sans en subir les conséquences. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle l’herbe des Dieux et qu’on la réserve strictement à leurs serviteurs, ceux qui peuvent entrevoir leurs pensées et leur dessein. J’ai bien peur que tu ne puisses jamais arrêter.

– Alors vous n’auriez jamais du me faire commencer. Vous, et mon père aussi ! Vous avez toujours eu peur de moi. Vous n’avez jamais su si j’étais simplement folle ou si mon don était réel. C’est moins pour trouver une solution que pour vous débarrasser de moi que vous m’avez envoyée au temple lorsque j’étais petite fille. Et j’ai eu la complaisance de tout faire pour essayez de vous contenter, pour ensuite être remplacée par des créatures marines dès que cela vous a été – comment dites-vous déjà ? – « nécessaire ». Bonne excuse pour me renvoyer de ce château froid où personne ne vient me voir. Où tout le monde me croit folle, et comment leur en vouloir ? Regardez-moi, regardez les cicatrices des coutures qui ont entravé mes lèvres pendant presque dix ans. Ce sont des marques que même l’opium ne peut pas cacher.

– Je sais, je sais, apaisa Elinor d’une voix douce. Pendant longtemps nous avons essayé de te comprendre, et de comprendre les images d’horreur que tu nous renvoyais. Nous pensions réellement que tu faisais partie de ces gens marqués du doigt par les divines. Nous nous trompions, nous avons fini par comprendre que tu ne voyais ni le passé ni le futur mais un présent qui n’était pas de notre monde. Bien sûr que nous en avions peur, mais plus encore que de ta folie, nous avions sans doute peur que tu puisse ne pas être folle, et que quelque part, des êtres cauchemardesques de tes descriptions n’attendent qu’une erreur de notre part pour se délivrer de leur prison pour s’en prendre à notre monde.
Je commence à penser que tu as réellement la capacité de plonger ton esprit dans cette faille, cet entre-deux mondes, cette prison. C’est pour cela que je suis venue à toi, j’ai besoin que tu nous dise ce à quoi nous devons nous attendre. Je crains sincèrement que l’acte désespéré Aïdelyn ait fait d’elle une clé glissée dans la porte de la geôle de ces créatures…

– Et que les conséquences de cet acte soient comme un coup de poignet qui ouvrirait en grand la porte, susurra la femme en faisant bouger ses lèvres molles, penchée vers l’émissaire. Mais c’est déjà trop tard. Les vibrations sont de plus en plus fortes à mesure que le temps passe. Leurs regards se sont tournés vers la Citadelle et son curieux maître, le Berger. Lui qui a lancé l’assaut, lui qui ressent maintenant mieux que personne les fluctuations de notre monde, qui concentre les passions et les haines propres aux êtres humains.

– Que va-t-il arriver ?

Noïlys haussa les épaules, avant de saisir sa tasse de thé.

– Que puis-je en savoir ? Notre fin à tous, sans doute.

*****************

Le combat durait depuis un moment sans que les adversaires ne se décident réellement à s’attaquer. Chacun de leur coup était porté pour tester les réactions de l’autre. Leur puissance était étrangement équivalente. L’homme, qui avait d’abord voulu prouver sa valeur au combat en attaquant frontalement, avait fini par prendre le rythme plus mesuré du garçon. Il prit peu à peu conscience qu’un flot de magie s’écoulait à nouveau dans ses veines, en écho au battement de son sang.

– Votre réputation vous précède Alrick Altar, et depuis longtemps, fit An-Guë amusé, en gardant un œil prudent sur celui qui s’était positionné comme son adversaire. J’ai grandi en entendant les récits de vos aventures. Vous avoir en face de moi est une chance, mais savoir que vous avez parcouru la moitié d’Edengardh pour me retrouver… Ça, c’est un véritable honneur.

– Ne te trompe pas gamin, ce n’est pas toi que je viens tuer mais ton gourou, celui qui se fait appeler Le Berger.

– Ah ? Pourtant ce n’est pas lui qui a défait votre amoureuse dans votre cité.

– Tu ne l’as pas défaite.

– Non, c’est vrai. J’ai fait ce que l’on m’avait demandé, j’ai simplement fait diversion.

– Comment as-tu pu ? grogna Alrick. Comment un gamin comme toi a-t-il pu survivre aux attaques de la directrice de la Haute Académie ?

Il baissa la voix, qui se transforma en un grondement sourd.

– Et comment avez-vous pu songer une seconde à la tuer ?

 Le jeune garçon blond sourit. Sur ses gardes, il se concentrait sur les variations du sol qu’il pouvait ressentir. Il savait sa situation périlleuse mais pas inextricable. Il se voulait d’un sang froid impressionnant en comparaison à son aîné qui devait sentir, quant à lui, son sang bouillonner dans ses veines. Alrick s’était promis un duel exemplaire pour vaincre dans les formes ce petit garçon arrogant. Pourtant, le voir enfin devant lui réveillait une envie furieuse de meurtre qui était à deux doigts de lui faire perdre la tête. Le plus gros de sa concentration allait dans la maîtrise de son pouvoir. Une seconde de relâchement et la montagne sur laquelle était accrochée la Citadelle allait l’engloutir dans un déluge de roches. Lui seul survivrait. C’était juste impossible. Il y avait des enfants, des amis avec lui.

– Tuer ? répondit narquoisement An-Guë. Mais je n’ai tué personne.

– Je te déconseille fortement de te moquer de moi, gamin. Je suis à deux doigts de précipiter cet endroit dans un enfer de gravas.

– Comme c’est courageux ! Le grand guerrier, le protecteur d’Altar et de la Haute Académie – qui, soit dit en passant, n’a réussi à protéger ni l’un ni l’autre – s’est associé avec des gamins plus jeunes que moi pour aller combattre un adolescent. Faute de pouvoir se maîtriser, il a créé un éboulement qui les a tous engloutis. Cela ferait une chanson de gestes épique ! Oh attends, avec une petite chance la fillette va arriver, dire deux trois paroles apaisantes qui vont tous nous sauver !

 An-Guë lui jeta un regard froid, faisant disparaître le sourire de son visage.

– Et tu es fier de toi ?

Il évita à nouveau un pan de plafond qui s’écrasa sur le sol.

– Vraiment, tu trouves que c’est une attitude digne d’un guerrier ?

Profitant de la rage sourde de son adversaire, il le joua de vitesse et réapparut dans son dos pour lui donner un coup de pied bien senti dans le mollet, l’obligeant ainsi à mettre un genoux à terre pendant un instant.

– Tu n’es même pas capable de te battre : soit tu es inutile, soit tu nous tues tous. Alors dis-moi, que viens-tu faire ici ?

En pivotant prestement, il se retrouva à toiser Alrick de haut, la lame affûtée de sa longue épée à deux mains mordant la chair dans le cou du guerrier.

– Alors c’est ça pour toi l’amour ? Mettre en péril la vie de ses amis, d’enfants dont on a la charge pour assurer une vengeance que sa bien-aimée à chercher elle-même à éviter ?

– Parce que tu vas me dire ce que c’est, toi ? rétorqua insolemment Alrick.

Le jeune garçon esquissa un rictus. Ses yeux clairs brillaient d’un curieux éclat, comme s’ils dissimulaient une idée dont lui seul avait le secret.

– Je ne devrais pas me justifier. Mais il est probable que j’avais des éléments qui m’ont poussé à agir comme je l’ai fait. Comme un exemple vaut mieux qu’une longue explication, alors laisse moi te poser une question.

– Tu n’en as jamais assez de poser des questions ? grommela l’homme en jetant un coup d’œil sur l’épée qu’il tenait à bout de bras.

An-Guë abaissa son arme, et s’agenouilla pour pouvoir contempler le héros de son enfance dans les yeux.

– L’aurais-tu laissée se sacrifier pour vous tous si tu avais eu la moindre idée de ce qu’elle avait à l’idée de faire ?

Pour toute réponse, Alrick lança sa tête contre celle du garçon dont le nez émit un craquement révélateur. Il profita de sa surprise pour se jeter sur lui.

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Un clic sinistre retentit dans l’ombre. Joshua raffermit sa prise sur l’arme qu’il venait de bourrer de poudre et d’amorcer, il avait les mains curieusement tremblantes et moites. Jamais il n’aurait cru que ce serait aussi facile. Il secoua la tête comme pour chasser le sentiment de lâcheté qui le tiraillait. Le Berger était là, sous ses yeux, sans la moindre protection. Les doigts serrés contre son front pâle, il remuait les lèvres comme s’il se parlait à lui-même. Le jeune Elfe se surprit pour la première fois à espérer être ailleurs. Lui qui n’avait jamais fuis un combat – qui était même plutôt prompt à les déclencher ! S’il appuyait sur la détente, le monde d’Edengardh en serait définitivement bouleversé. Les hommes se retrouveraient orphelins et lui, Elfe de Marais, aurait trahi de manière irrémédiable les alliés historiques de son peuple. Sans doute sa sœur aussi, par extension. Ceci dit, il tenait en joue l’être qui avait ordonné l’attaque de l’Académie et provoqué la mort de la femme la plus puissante du monde connu sans le moindre scrupule.

Il fronça les sourcils. Quel pouvoir immense on attribuait à tort à cet homme ! Certes il était grand et avait de la prestance, mais il semblait aussi étrangement vulnérable. Était-il possible qu’il ait vécu aussi longtemps qu’on voulait le faire croire ?

Joshua inspira un grand bol d’air, tendit le bras, et appuya sur la détente. Un grand bruit explosa dans la salle déserte qui ressemblait à une crypte, et un nuage de fumée empêcha un instant l’Elfe de voir correctement.

Lorsque la poussière de poudre retomba, Joshua jeta un coup d’œil sur l’homme qu’il venait d’assassiner. Sa tête ballottait sur le côté, tel un pantin désarticulé. De curieux yeux aux iris couleur ambre étaient tournés vers lui, comme si l’être pouvait se moquer de lui à travers la mort. Il jeta l’arme à feu à terre loin de lui et, pris d’une fascination morbide pour cette légende désormais éteinte, il s’approcha un peu, passant de l’ombre à la lumière blafarde diffusée par une large ouverture dans le mur.
Le sang de l’Elfe se glaça dans ses veines alors qu’il s’approchait. Il avait la sourde impression que le regard amusé continuait à le suivre. Il étouffa un hoquet de surprise lorsque la mâchoire du Berger sembla se décrocher de son visage, ouvrant sur le grand trou noir de sa bouche.

– Je suppose que c’est la première fois que tu te sers d’une arme, et que jamais personne ne t’a spécifié qu’il fallait ajouter un projectile, en plus de la poudre, pour qu’elle soit efficace… prononça l’être irréel.

Joshua rougit violemment, conscient de son erreur et honteux.

– J’ai aidé à la fabrication de chacune de ces armes, je sais reconnaître le bruit caractéristique d’un pistolet qui n’est pas chargé. C’est une chance pour toi, si le bruit avait été différent, tu ne serais sans doute plus de ce monde.
Oh, je te l’accorde, tu es discret, mais jamais tu n’aurais du autant attendre avant de tirer. Si tu veux me tuer, il faut être plus rapide que cela.

En le voyant de plus près, l’Elfe dut reconnaître qu’il avait du mal à décider s’il avait devant lui un interlocuteur ou une interlocutrice. Sa voix elle-même était curieuse. Le timbre général partait d’une base assez grave et profonde, mais il semblait que des filaments mélodiques aigus s’incrustaient à cette sonorité, ne la rendant pas identifiable comme étant d’un genre ou l’autre, ou plutôt, donnant l’impression d’une dualité intrinsèque. En fait, Joshua trouvait que sa voix avait un aspect métallique.

Un silence se fit entre eux. Le jeune Elfe se demanda un instant s’il devait sortir son arme et provoquer l’être en duel. Il ne le connaissait pas beaucoup, mais cette perspective lui faisait étrangement peur. Il était loin d’être certain de gagner.

Le Berger rejeta ses cheveux derrière ses épaules, contemplant l’Elfe comme s’il était conscient du combat qui se jouait en lui.

– Approche-toi de moi, garçon, fit-il en lui tendant la main, je crois qu’il est temps que vous preniez de conscience de la nature exacte du Berger qui vous effraie tellement. D’après ce que j’ai pu entendre de votre conversation, dehors avec ton ami, vous êtes dans le faux par bien des aspects. La première, et la plus importante, étant que je ne suis pas le maître de ses lieux. J’en suis le prisonnier. Eh oui, j’ai bien peur qu’il ne faille pas croire tout ce que vous avez entendu sur moi. Aujourd’hui s’achève la légende du Berger. Mais j’ai bien peur que ce soit nécessaire si je veux que vous me fassiez confiance.

Le trône du Berger était au milieu de la pièce, légèrement en hauteur. Place curieuse pour une assise royale, songea Joshua. C’est en se rapprochant encore un peu, les mains crispées sur sa dague, qu’il s’aperçut que le trône en question était dépourvu de dossier. Le Berger se tenait très droit, presque raide, assis sur une sorte de stèle gravée de caractères runiques. Du lierre grimpait le long de ce qui avait du être un autel, s’enroulant autour des jambes du maître des lieux. L’Elfe eut la curieuse impression que l’homme n’en avait pas bougé depuis un très long moment. Lorsque ce dernier le vit poser un pied sur la première marche, il se débarrassa du lourd manteau de fourrure qu’il gardait constamment sur ses épaules. Spontanément, Joshua détourna les yeux et vacilla, nauséeux. Une racine épaisse comme son poignet partait du sol pour fendre la dalle en deux, avant de s’incruster profondément dans le corps de l’être à la base de son dos, en lieu et place de sa colonne vertébrale.

Le Berger pencha la tête vers lui, d’un air entendu.

– Vois-tu ? Prisonnier. J’ai été privé de ma liberté de mouvement depuis bien longtemps.

– Cela ne change rien, se reprit Joshua, vous n’en serez que plus facile à éliminer.

– Oh, détrompe-toi, ça change bien des choses.

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C’est presque avec soulagement que Renwald franchit la porte qui les séparait de la Citadelle. Son nouveau corps, pourtant habitué à ce genre d’exercice, marquait des signes de fatigue. Rien à voir toutefois avec l’épuisement qu’affichaient les adolescents.

Aussitôt entrée dans la cour intérieure en poussant ses prisonniers devant elle, un frisson inconnu de l’enveloppe qu’elle habitait la saisit. Quelque chose vibrait dans l’air. Elle sentit la présence d’une autre prophétesse. Oztas ne devait pas être loin. Cette sensation fut suivie d’une seconde, comme une vague imprévisible s’emparant d’elle. Une réminiscence la frappa, la faisant légèrement vaciller, prise d’un vertige. Elle appuya sa tête contre la porte de bois sec, sous le regard suspicieux des hommes de la garde venus à leur rencontre.

Pas maintenant, supplia la voix féminine à l’intérieur de sa conscience.

Mais la puissance de son pouvoir, dédoublée par la proximité avec une créature de la même nature qu’elle, avait enclenché le processus plus tôt qu’elle ne le croyait. La substance même du corps qu’elle s’était appropriée se débattait, comme si les atomes qui le composaient reconnaissaient un entité étrangère et la combattaient. La bile lui brûlait la gorge. Elle essuya ses lèvres de ses doigts gourds et s’aperçut qu’elle saignait. Elle ou lui ?

– Vous me fichez ces deux là aux fers, parvint-elle à articuler, en essayant de prendre une voix autoritaire. Ils sont soupçonnés de vouloir assassiner le Berger. Peut-être même qu’ils ont un lien avec l’attentat du Dôme. Je pense que le maître voudra les interroger.

– Bah t’as pas l’air bien Ren ! plaisanta un des gardes en lui tapant le dos – le bas du dos, en fait, tant le corps était grand. Trop bu ? C’est pas très sérieux tout ça.

Un autre éclata d’un rire gras :

– À moins que les deux crevettes aient essayé de se débattre et que le combat ait été terrrrrible.

Rose étira les lèvres de Renwald en un sourire goguenard.

– Insolation, j’crois. Besoin de dormir. Vous m’les abîmez pas cette fois les gars, j’les veux en parfait état pour la présentation au Berger. Pas envie qu’il croit qu’on a pris deux mioches traînant dans le coin pour en faire des bouc émissaires. Ça s’rait pas mal qu’on soit pris au sérieux, pour une fois.

– Ouais, ouais, t’en fais pas. On connaît not’ boulot.

Une nouvelle vague l’envahit. Renwald s’affala un peu plus contre la porte. Voyant les deux adolescents la regarder d’un même œil surpris et décontenancé, elle détourna la tête afin d’éviter d’attirer les soupçon des deux gardes. Puis elle s’éloigna à grand pas, presque sans entendre le cliquètement de leurs chaînes alors qu’on les entraînait vers les geôles sans ménagement, tant elle était concentrée à contrôler ses mouvements. Elle secoua la tête, se souvenant par à-coups qu’elle aurait dû les accompagner elle-même normalement. À l’heure actuelle, il valait mieux qu’ils se débrouillent seuls. Elle ne pourrait leur être d’aucune utilité.

Deux consciences se bousculaient en elle. Le transfert d’un corps à un autre était en train de grignoter ses souvenirs. Pour s’approprier une partie de ceux de Renwald, elle avait du en sacrifier d’autres, les siens. Dans l’alchimie de l’appropriation, elle devait faire un effort colossal pour fixer son esprit sur les derniers mots d’Alrick, se remémorer sa mission et la garder en elle. Cependant cela serait au détriment d’une autre partie d’elle-même. Les choses ne devaient pas se passer si rapidement normalement, jamais elle ne devait utiliser un corps aussi directement, sans précautions au préalable.

Après son dernier transfert, elle avait passé des mois entiers enfermée dans une tour pour essayer de retrouver son essence, son être originel. L’émissaire de Terre avait été le seul être qu’elle avait tenu à prévenir de sa présence dans l’académie, à l’exception de la directrice elle-même. Le connaissant depuis longtemps, elle s’était servie de sa présence pour reconstituer son âme fissurée, essayant d’évacuer les souvenirs de l’être qu’elle occupait. C’était plus facile avec lui à ses côtés, ça avait toujours été plus facile parce que près de lui, elle ne pouvait ignorer ses sentiments originels.

Laissant les pieds de Renwald la guider à travers des couloirs déserts de la Citadelle – la traîner, en vérité, elle laissa son esprit errer dans les méandres de sa conscience, se demandant où était passée Rozen, l’Elfe au grain de peau si particulier qui avait grandit non loin d’Altar. Ou même Rose, la personnalité tronquée qu’elle avait réussi à réunir après un long travail sur elle-même. Elle savait que les appropriations n’étaient pas illimitées, bien qu’elle l’ait caché à Alrick, et que chacune d’entre elles l’affaiblissait un peu plus. Aujourd’hui elle était piégée dans un corps hideux qu’elle allait devoir supporter pendant un bon moment, mais très bientôt, elle allait vouloir réutiliser son pouvoir pour se transférer vers un corps plus séduisant. Ça voudrait dire éliminer quelqu’un, chose qui lui était particulièrement pénible. Ça voulait également dire se perdre un peu plus. Pourtant, sans cela, jamais plus elle n’aurait la moindre chance de conquérir l’homme qu’elle a toujours voulu.

Rose avait le cœur au bord des lèvres quand ses pieds se stoppèrent brutalement. Elle prit soudain conscience qu’elle avait beaucoup descendu. Elle devait se trouver à des centaines de mètres en dessous de la citadelle, pas très loin des cellules, d’après les souvenirs de Renwald. Elle fronça les sourcils en découvrant la salle sèche, presque vide et baignée d’une lumière crue dans laquelle elle était. Abasourdie, elle remonta dans les souvenirs du géant pour comprendre de quoi il s’agissait et ce qu’une partie d’elle avait trouvé dans cet esprit pour la conduire ici.

Les connections électriques de son cerveau s’emballèrent. Elle fixa l’unique meuble de la pièce, une table chargée d’un corps sans vie. Son cœur eut un raté lorsqu’elle le reconnut.

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Joshua jeta un coup d’œil autour de lui pour repérer les lieux. Il avait de plus en plus l’impression de se trouver dans un ancien lieu de culte, imposant et magnifique. L’autel qui retenait le Berger prisonnier était de toute évidence très vieux, et dans un état avancé de détérioration. Le reste de la structure semblait plus récent, pas plus d’une centaine d’année, comme si on avait construit des murs autour de la structure originelle.

Ses yeux pourvus d’une acuité supérieure parvenaient à percevoir, même très vaguement, les créatures de métal dissimulées dans les ombres de la structure. Elles étaient nombreuses, de tailles et de formes différentes. Néanmoins, leur nature non organique l’empêchait de les évaluer afin d’identifier à quel point elles pouvaient être dangereuses. Peut-être ne pouvaient-elles même pas bouger… La situation le laissait indécis. Il aurait préféré attendre qu’Alrick en ait terminé avec le garçon blond pour pouvoir mener une double attaque mais le combat prenait visiblement plus de temps que prévu. D’un autre côté, la vulnérabilité qu’affichait le Berger était outrancière.

L’Elfe avait pris conscience lors des leçons de l’émissaire de Terre que son impulsivité au combat pouvait fortement le desservir. C’est donc à gestes mesurés qu’il esquissa un pas de plus sur les marches de l’autel, les mains relevant légèrement son arme. Sa lame rencontra une autre dans un bruit caractéristique. Joshua fit un bond en entière pour esquiver l’adversaire qui venait d’apparaître devant lui. Un être anthropomorphique pourvu d’une épée, se dressait entre lui et son adversaire. Rapide, songea l’Elfe. Visiblement, sans montrer d’intentions hostiles, les créatures ne le laisseraient pas approcher de leur maître. Son regard glissa vers l’arme à feu qu’il avait jeté à ses pieds quelques minutes plus tôt. Certes il désapprouvait son utilisation, la trouvant lâche, cependant il était temps d’en finir avec cet être étrange.

Le silence était pesant, l’air épais, presque palpable. Il pouvait sentir la sueur rouler le long de son épine dorsale.

Joshua fit un pas de travers pour retourner dans l’ombre, suivie d’une roulade sur le côté pour ramasser l’arme. Puis il parcouru la pièce à pleine vitesse pour désorienter les créatures de métal. Celles-ci ne firent même pas semblant de bouger. Impossible de savoir si elles pouvaient le repérer ou non. Déterminé à ne pas laisser passer sa chance, l’Elfe se figea derrière le Berger, et posa l’arme bel et bien chargée contre sa tempe, conscient qu’au moment même où il appuierait sur la détente, une armée de métal se jetterait sur lui, mais résolu.

– Arrête !

La voix d’Alrick lui parvint du fond de la salle. Ce n’était pas son grognement habituel, ses mots trahissaient une panique à peine maîtrisée.

Joshua leva la tête. Son mentor boitait légèrement et tenait son bras gauche entaillé contre sa poitrine. À côté de lui se tenait An-Guë. À peu près aussi amoché, la garçon tentait de maîtriser le flot rouge qui s’écoulait de son nez. Du sang séché marquait la peau pâle de sa poitrine de tâches sombres. Les deux hommes se tenaient loin l’un de l’autre, restant prudents, sans toutefois manifester de sentiments belliqueux. L’Elfe raffermit sa prise sur l’objet de métal.

Le Berger, resté stoïque depuis un moment anima son visage d’un curieux sourire en coin.

– Est-ce vrai ? cria presque le guerrier. Tout ce qu’il m’a dit, est-ce vrai ?

– Ah ! Eh bien oui, c’est tout à fait vrai. An-Guë était venu à votre rencontre pour vous transmettre mon message. Contre toutes attentes, les vôtres comme les miennes, Aïdelyn n’est pas morte. Elle ne l’a jamais été.

– Comment pouvez-vous le savoir ? Qu’est-ce qui me dit que ce n’est pas un de vos tours minables ? Où est-elle ?

– Elle est ici même, avec moi. Pour bien comprendre comment cela est possible, il va falloir que je vous explique deux points importants. Auriez-vous l’obligeance de demander à votre serviteur d’abaisser son arme avant cela ? Vous comprendrez que ce genre de menace n’est pas idéale pour se lancer dans ce type de récit.

Alrick lança un regard à Joshua.

– Tu ne le lâches pas avant qu’il ait terminé.

L’Elfe afficha une grimace entendue en resserrant l’étreinte de son bras contre le cou du Berger, qui ne put qu’élargir son sourire, comme s’il venait d’entendre quelque chose de comique que lui seul pouvait comprendre.

– C’est effectivement bien Alrick Altar, pas de doute possible. Je ne le voyais pas si grand.
Bien, très cher. Commençons par cette annonce incroyable qui vous tourmente au point d’arrêter un combat qui vous tenez à cœur : votre précieuse amie n’est pas morte en sauvant la Haute Académie de magie, il y a de cela plusieurs jours. Elle a sacrifié son enveloppe charnelle afin d’en construire une qui puisse protéger le bâtiment. Ça aurait dû la tuer, cependant sa magie n’a pas été atteinte. La directrice est devenue un courant électrique magique parcourant les terres d’Edengardh à la recherche d’un corps qui puisse l’abriter. Je passe sur les dommages que ça a pu occasionner, Edengardh est un fragile mélange subtil de magie, créé par nos Dieux. Il faut le traiter avec beaucoup de délicatesse pour ne pas détruire son équilibre.

Ainsi sont apparus de légers tremblements de terre défensifs, qui visaient à expulser ce surplus de magie hors du sol. Cela l’a grandement affaiblie. C’est presque sans en prendre conscience, dans un état alarmant qu’elle s’est glissée dans une enveloppe pouvant l’accueillir.

Voici la première chose qu’il vous fallait comprendre.

Pour la seconde, il me faut vous parler un peu de moi, quitte à lever le voile sur une partie de ma légende. C’est ce que je disais à votre charmant élève, avant que lui vienne l’envie de me tuer… encore.

– Ouais, grogna Alrick, c’est moi qui lui ai appris la subtilité.

– Il semble apprendre très vite, répondit ironiquement le Berger.

– Je n’ai pas à me plaindre.

Les yeux couleur d’ambre du Berger se voilèrent, il parut soudain beaucoup plus loin. C’est d’une voix presque entièrement féminine qu’il continua son histoire.

– Il y a du vrai dans ce que l’on raconte sur moi. Toutes les légendes ont un fondement de vérité. J’existe depuis tant d’années que j’ai arrêté de compter. J’ai connu cette première guerre, la Grande Purge. On raconte que c’est cette guerre qui m’a créé, c’est vrai ; on dit également que ce sont les Dieux qui m’ont créé pour donner un gardien aux hommes alors qu’ils se retireraient. C’est également vrai. Pourtant c’est également un peu plus compliqué que cela. Le Berger tel que vous le voyez n’est pas une personne telle que vous l’entendez. Je ne tiens pas à raconter toute cette histoire, ce n’est pas le propos ici, mais disons qu’il y a eu ici même une curieuse scène. Un guerrier puissant et craint ainsi qu’une sorcière se sont unis en plein pendant la Purge. C’était un temps de guerre, il fallait trouver une solution. Ils sont venus à cet autel pour réaliser un geste… que les Dieux eux-même ont jugé impardonnable. Un geste qui visait à dépasser leur autorité et modeler Edengardh suivant leur dessein, sans se soucier du fragile équilibre de la terre elle-même : la création d’une sphère capable de contrer la magie des êtres magiques du sud. Pour punir ces deux êtres arrogants, ils les ont fait fusionner en un seul, une curieuse créature androgyne. Cet être unique recevrait un pouvoir suffisant pour modeler Edengardh en restant constamment en lien avec, mais en contrepartie, il serait également le prisonnier de ce lien, et il devrait veiller sur le peuple qu’il représentait à la base, celui des hommes, mais sans toutefois contrarier l’équilibre. Je suis la dernière création des Dieux avant qu’ils ne quittent le sol, je suis plus un Gardien qu’un Berger mais qu’importe, je n’ai pas choisi ce nom.
Ainsi, ce dédoublement fait partie de moi, c’est ma punition pour avoir voulu m’élever au rang les Dieux, ma bénédiction, ma malédiction. Je peux facilement supposer que je suis le seul être qui a pu survivre en partageant librement un corps ; ou en tous cas le plus puissant. Il n’est donc pas étonnant qu’une essence à la recherche d’un endroit où revivre se soit emparée de moi. Oui, vous voyez de qui je veux parler : Aïdelyn est à son tour devenu ma malédiction, la conséquence de mes actes. Ma volonté de protéger de nouveau mon peuple m’a conduit à briser l’équilibre, et, pour le rétablir, j’ai accueilli cette âme brisée en mon sein. La cohabitation lui a permis de se regrouper, de se reconstituer, néanmoins elle a commencé peu à peu à reperdre des forces. Elle n’est pas faite pour supporter ce type d’enveloppe non humaine, elle fait partie de ce monde, et j’ai senti en moi le filament de sa vie s’amoindrir jour après jour.
Mais grâce à ses indications et à la technologie que j’ai fait développer ici, j’ai pu lui constituer une enveloppe de chair. D’ici peu, Aïdelyn va pouvoir renaître et reprendre possession de son corps.

– Un corps de métal, cracha Alrick.

– Ne dites pas cela ainsi, ça la peine énormément. Le fonctionnement interne de la réplique est mécanique, je ne vous le cache pas. Néanmoins vous ne verrez pas de différences. La peau, les yeux, les cheveux, les ongles, tout l’extérieur sera organique.

– Même si c’est la vérité, je ne comprends pas pourquoi vous faites ça. Pourquoi la tuer pour la faire revenir ? Tout ceci n’a aucun sens.

 Le Berger pencha légèrement la tête sur le côté, les doigts croisés devant la bouche, semblant réfléchir à sa réponse.

– Disons que la directrice et moi avons passé un contrat. La rupture d’équilibre qui a été provoquée aura de fâcheuses conséquences.

– Que Vous avez provoqué !

– Nous n’avons fait que répondre à l’attaque du Dôme, riposta An-Guë, toujours occupé à soigner son nez. Nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne qui a conduit votre directrice à réveiller des créatures enfermées depuis cette grande guerre, emprisonnées dans les entrailles de la terre. Nous ne sommes pas plus responsables que vous.

– Et nous ne le sommes pas moins, compléta le Berger, la voix réduite à un murmure. La situation qui risque de suivre va demander la réunion de tout Edengardh, et seul le concours de la directrice peut nous l’assurer. Un corps contre une alliance. Et je ne suis même pas sûr que cela suffise.
Je suis prêt à une collaboration pleine et entière. À mon sens, elle est même nécessaire. Mais pour cela vous devez nous faire confiance. En guise de preuve de notre bonne foi, nous allons vous livrer à l’instant même les prisonniers que vous êtes venus chercher. Et aussi ceux que vous nous avez vous même livrés.

Il claqua des doigts et Alrick se retourna en entendant les pas cadencés des gardes qui arrivaient par les deux entrées du fond. Par réflexe, il approcha ses doigts de son arme.

*****************

De la fenêtre de sa tour, Rose avait assisté à la fin de la directrice de la Haute Académie, des mois auparavant. Il était impossible qu’elle ait pu survivre. Dans cette nuit sombre, son corps avait étincelé une dernière fois avant de s’épanouir en une myriade de particules aux reflets diamantés. Aïdelyn s’était dissoute pour former l’enveloppe qui les avait tous protégés. Pour elle qui la connaissait depuis longtemps, il était évident que la fleur née à la suite de cette action la représentait. Leur signature corporelle correspondait au point que l’Elfe aurait pu en prendre possession. Elle était également convaincue que cette fleur ne contenait pas l’essence de la directrice, celle-ci n’avait pas survécu à cette transformation qui lui demandé tout son énergie.

Renwald s’approcha un peu du corps, son puissant cœur battant la chamade. De ses mains, il évalua l’enveloppe allongée. Une légère vibration s’en échappait, un cliquetis mécanique régulier animait ce corps, le faisant inspirer l’air, puis expirer, permettant au sang de circuler pour nourrir les cellules organiques qui le composaient. Le géant avait les doigts tremblants, fasciné par la ressemblance troublante avec le modèle original, décontenancé par le fin mais puissant système contrôlant l’automate. Cette chose n’était sans doute pas soumise à la magie, de la même façon que les autres créatures du Berger.

Renwald examina ensuite les yeux sans vie. Il frissonna. Il y avait dans cet automate un danger écrasant. Si lui-même se trouvait stupéfait par la ressemblance avec la directrice, il était certain qu’Alrick n’allait pas pouvoir l’affronter. Il ne pourrait être que déstabilisé et en perdre tous ses capacités d’évaluation de la situation. Le plan du Berger était aussi cruel qu’implacable. Rose chancela sous l’effet d’un souvenir ancien, lié à son corps d’origine, une de ces réminiscences qui lui faisaient revenir à son être fondamental. L’horreur de ce jour où, fou de douleur suite à la perte de son premier Catalyseur, l’Émissaire de la Terre avait utilisé toute la puissance de son pouvoir. La violence de la scène l’ébranla comme si elle la vivait à nouveau. C’était le jour où ils s’étaient rencontrés, le jour où elle était devenue, malgré eux, son nouveau Catalyseur. Et que lui était devenu bien plus encore pour elle.

Comment ignorer ce que représentait le corps de la femme qu’aime l’homme qu’elle aime ?

Rose releva la tête, déterminée. Alrick lui avait donné bien des fois la force magique de les protéger, il lui avait permis de combattre à ses côtés, leur sauvant la vie à tous les deux. Aujourd’hui venait la véritable épreuve, saurait-elle lui rendre la pareille ? Il pourrait ne jamais savoir qu’une enveloppe mortifère avait été faite sur le modèle de la femme qu’il aime, contenant potentiellement une arme pouvant le détruire. Elle devait l’anéantir avant. Il ne serait pas dur d’user de la force de Renwald pour briser le pantin comme une allumette, de répandre sur le sol une rivière de sang de métal, couleur rouille.

 Elle posa sa main sur la poitrine immobile de la fausse Aïdelyn, tentant de chasser la deuxième idée qui lui venait à l’esprit. Puis elle la goûta d’abord avec perplexité, et elle s’habitua peu à peu à la perspective d’une alternative qui pourrait les contenter tous les deux. Enfin résolue, elle se pencha sur l’automate, elle prit son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes, ouvrant légèrement la bouche pour laisser ses vies s’écouler dans le corps de métal, s’approprier les rouages et les engrenages. Lorsque le halo de brume s’estompa, le corps sans vie de Renwald s’affaissa.

*****************

Les gardes empruntant l’entrée sur la gauche entrèrent dans la lumière, tenant par l’épaule Chloé et Axel, visiblement comateux, drogués, sans doute. Alrick fronça les sourcils en constatant l’absence de Rose. Sa confiance en sa partenaire était sans faille, et il se demanda furtivement ce qu’elle avait bien pu subir pour que les adolescents lui soient arrachés. Elle ne pouvait pas être morte, sans quoi il l’aurait su.

À leur droite apparurent Oztas et Eli-Ann, également flanquées de gardes. Si la prêtresse paraissait également semi-inconsciente, la jeune émissaire de feu semblait plutôt crispée, comme en proie à une sourde douleur. Joshua feula, et appuya un peu plus l’arme contre la tempe du Berger, songeant un instant que s’il lui enfonçait le canon dans la tête, au moins personne ne pourrait l’accuser d’avoir tiré. La jeune Olm n’était pas traînée par ses geôliers. Au contraire, elle s’appuyait sur eux pour avancer d’une démarche chaloupée, chancelante. Alrick mit quelque seconde pour s’apercevoir que ses jambes avaient été sectionnées puis remplacées par des membres artificiels, parcourus de scintillement cuivrés à la lumière du jour. Il se tourna vers l’homme assis sur l’autel, hésitant à l’attaquer. L’annonce de la résurrection de son amour le laissait indécis.

 Un grondement sourd venu de l’extérieur ébranla la crypte.

– Votre amie a été blessée lors de la prise de la ville d’Altar, justifia Le Berger. Elle a reçu une poutre en bois sur les jambes. Sa blessure ayant empirée pendant sa captivité, nous avons été contraint de remplacer ses jambes, sans quoi nous risquions de la perdre. L’opération s’est bien passée. Le corps des Olm est fascinant. Certes, leur peau translucide ne les protège que très médiocrement du soleil, les obligeant à vivre constamment sous terre, mais elle produit également un fluide cicatrisant extrêmement efficace – quoi que pouvant s’assimiler à un poison pour un être normalement constitué qui l’appliquerait sur ses blessures. La fille a donc récupéré bien plus vite que nous ne l’avions escompté.

– Si vous n’aviez pas attaqué Altar, jamais elle n’aurait été blessée, siffla l’Elfe.

– Et comme le disait notre ami tout à l’heure, si vous n’aviez pas attaqué le Dôme rien de tout cela ne serait arrivé. Des milliers de gens sont morts étouffés, brûlés. Tout ceci est un formidable gâchis qui menaçait depuis des années. Vous devriez vous estimer heureux qu’elle ait survécu.

– Cet argument ne tient pas. Jamais nous n’aurions attaqué le Dôme… répliqua Joshua.

– Je ne crois tout de même pas que des remerciements soient nécessaires, quelques soient les torts, coupa Alrick sans laisser à son apprenti le temps de développer sa pensée. Nous n’allons pas vous encenser pour avoir préservé l’émissaire que vous convoitiez tant.

Le Berger ferma longuement les yeux pour marquer son accord. Le tonnerre accompagna son geste, comme un roulement de tambour sinistre, faisant trembler le sol. L’être androgyne transforma son visage en un masque soucieux.

– Maintenant je veux que vous partiez. Dans quelques jours je vous renverrai votre directrice. Nous sommes trop nombreux ici. Une prêtresse et trois émissaires, c’est trop de magie, trop brutalement, compte tenu de l’instabilité dans laquelle est plongée Edengardh depuis quelques temps. Et je ne parle même pas de moi même ou d’Aïdelyn. Croyez-moi, il y a des créatures incontrôlables qui vivent dans le noyau de notre terre et n’attendent qu’une erreur de notre part pour se manifester. Depuis que j’ai entendu cette prophétie dans son intégralité, que je l’ai vue se réaliser peu à peu sous mes yeux, quand bien même je changeais de cap pour la contrer, je commence à croire que sa réalisation est inéluctable, quoi que nous fassions.

– Je reste, fit Alrick d’un ton qui n’admettait pas la réplique.

 Un craquement plus violent lui coupa la parole. Il attendit un instant que le fracas s’estompe avant de reprendre.

– Joshua saura les ramener à l’académie.

– Très bien, mais il faut qu’ils partent maintenant. Nous n’avons que trop attendu. An-Guë va les raccompagner.

Joshua lâcha son prisonnier avec dégoût. Il n’approuvait pas l’idée de se séparer d’Alrick, ne voyait un retour d’Aïdelyn qu’avec suspicion et doutait profondément de toute l’histoire qui venait de leur être contée, mais voir sa sœur et Axel prisonniers l’avait tourmenté. L’apparition d’une Eli-Ann métamorphosée par son séjour dans les geôles de la Citadelle, marchant sur des prothèses mécaniques lui avait d’abord provoqué un sentiment de répulsion. En regardant son visage pâle, marqué par la fatigue et les privations, et également sensiblement changé par cette saison de séparation, il avait pris conscience de son soulagement de la revoir. Au creux de son ventre, le nœud de tension que la disparition de son amie avait provoqué commençaient à se délier.

C’est donc avec mesure qu’il s’approcha d’une Chloé sortant de sa béatitude. Il lui caressa la joue après s’être assuré qu’elle et Axel allaient bien et les encouragea à marcher à sa suite. Ensuite, il se tourna vers Eli-Ann, passa le bras de la jeune Olm derrière son épaule pour l’aider à marcher. La jeune fille lui offrit un sourire d’excuse avant d’appuyer tout son poids sur lui. Il suivit An-Guë vers la sortie, tenant toujours l’arme en main pour être paré à toutes éventualités. Lorsque le groupe passa devant Alrick, celui-ci arrêta l’adolescent blond et grimaça un « désolé » en pointant du menton son nez ensanglanté.

– Pas de mal, répondit froidement le garçon, c’est une simple fracture.

Oztas, qu’An-Guë soutenait pour l’entraîner vers la sortie, fut sortie de sa torpeur par le ton de sa voix. Elle commença par poser sa main sur la poitrine du garçon, et prit une grande bouffée d’air, comme si respirer lui avait été difficile. Ses doigts s’enfonçaient dans la chair du garçon, avant que ses jambes ne tremblent. La prêtresse semblait en proie à une véritable crise de panique. Ses yeux roulant dans leurs orbites, échevelée, elle tournait la tête à droite et à gauche, son regard traversant les personnes présentes comme si elles n’appartenaient pas à la même réalité. Alors qu’elle se débattait pour échapper à son étreinte, l’adolescent la retint par les poignets. Oztas se détourna avant de porter sa tête de biais pour l’observer à travers ses cheveux. Elle dégagea une de ses mains pour le gifler de toutes ses forces. Le garçon, surpris la lâcha. Elle se jeta dans les bras d’Alrick pour le frapper à son tour en poussant des hurlements stridents, lui reprochant d’avoir failli à sa mission de protection, de les avoir tous condamné par désir de vengeance personnelle, avant de s’effondrer à terre en pleurant, les mains devant les yeux, à la manière d’une enfant en plein cauchemar.

Le guerrier s’agenouilla pour être à sa hauteur. Il posa sa tête contre ses genoux mais ne parvint pas à capter son regard. La prêtresse regardait au-delà de lui, les yeux révulsés, comme si son pire cauchemar venait de se réaliser. Par réflexe, il tourna les épaules vers la source de son intérêt.

Un troisième coup, plus violent que les précédents, retentit à travers la pièce alors que ses participants se figèrent, en proie à des sentiments contradictoires. Une poupée mouvante venait d’apparaître à son tour dans la pièce sous les traits d’Aïdelyn. Alrick se leva lentement et se plaça devant l’automate, il tendit la main pour toucher la peau souple de sa joue. Rose posa sa main sur la sienne et plongea son regard dans celui vert de l’Émissaire.

– C’est moi, lui murmura-t-elle simplement.

Elle le vit froncer les sourcils avant de pouvoir observer l’étincelle de compréhension. Il fit un pas en arrière.

Derrière lui, un hurlement sauvage s’épanouit soudainement, en écho au déchirement qu’il ressentait. Une voix très claire, différente de celle habituelle du Berger semblait sortir de sa bouche. Elle résonna un long moment dans la crypte avant de perdre de sa force. Vaincue par sa faiblesse première. Faisant fi de l’interdiction des automates de métal, Alrick se détourna de Rose et courut vers le corps du Berger pour s’agenouiller devant lui. L’être baissa la tête vers lui, tout aussi peiné.

– Elle est partie. Elle est redevenue un courant électrique parcourant la terre. Elle savait qu’elle ne pourrait pas survivre au délai qu’il nous a fallu pour construire le premier prototype – quand bien même les plans sont déjà réalisés.

– Alrick, commença Rose d’une voix claire pour se justifier…

– Tais toi ! vociféra l’homme. Je ne veux rien entendre venant de toi !

 Il saisit le Berger par le cou, le fixant intensément.

 – Je la retrouverai et la sauverai, lui dit-il, quel qu’en soit le prix. Et jamais je n’abandonnerai avant que l’on me donne la preuve incontestable de sa mort.

 – Il sera déjà trop tard. Peut-être a-t-il toujours été trop tard. C’est maintenant que je suis face aux événements que je peux reconnaître que tout était écrit. Si cela ne doit pas se faire…

 – Je ne crois pas en la fatalité. Et surtout, je ne me le pardonnerai jamais si je devais la laisser tomber alors qu’elle s’est sacrifiée pour nous tous.

 – Ce n’est pas un choix Alrick Altar, protecteur d’Edengardh. Ce n’est pas pour rien que j’ai insisté sur le fait que notre monde était instable. Son retour dans la terre alors qu’elle est plus que bouleversée, presque dissolue, va achever un processus prédit depuis longtemps. L’ombre va s’abattre sur notre monde. Et nous allons avoir besoin de vous pour nous conduire à la guerre.

 Sur ces mots, un ultime craquement ébranla la terre, provoquant l’effondrement du plafond de la crypte.

******************

– Nous sommes tous perdus, susurra Noïlys à ses visiteuses lorsqu’elles ressentirent les vibrations du sol.

Elinor fut projetée à terre alors que Khalli voletait nerveusement pour éviter la cascade de livres jetés au sol par la violence du choc.

*****************

Des failles s’ouvrirent partout, parcourant Edengardh d’est en ouest. Fendant la forêt d’Erinlach en deux, elles entraînèrent dans les entrailles de la terre des pans entiers de forêt dans un déchirement aveugle. Les réfugiés de l’explosion du Dôme, qui avaient passé l’hiver dans les hauteurs, à l’abri dans les cavernes creusées au cœur de la montagne, avaient assisté à l’ouverture de leur monde avec impuissance. La grande chaîne de montagne qui avait été la demeure de leurs ancêtres des centaines d’années auparavant ne put même pas arrêter la folle extension des cicatrices, et c’est sous une pluie de gravats et de roches, dans une atmosphère de fin du monde, que disparurent des villages entiers d’Humains, d’Elfes et d’êtres magiques de toutes espèces. Pendant plusieurs heures, il sembla aux habitants d’Edengardh que rien n’échapperait à leur avancée vorace qu’aucune magie ne pouvait combattre.

 Un peu partout le sol semblait parcouru de spasmes, propageant des ondes violentes. La carte du monde connu se délitait pour se redessiner. La touffeur des déserts de l’est rendait écrasante l’odeur malsaine s’échappant de la cicatrice.

*****************

Quelque part dans les plaines verdoyantes, à proximité de l’ancienne Académie, parcourant à cheval les étendues d’herbes infinies, l’auto-proclamée nouvelle Dame des terres de Torrelac, regagnait le château marquant le point central de ce qui avait été le royaume de Lynrel. Celle qui avait été sa dernière maîtresse était une femme des îles de l’ouest couverte de longues écailles colorées, brillant au premier coucher de soleil du printemps, et se prolongeant dans le haut du cou jusqu’aux lignes de la mâchoire pour les habiller comme un collet. Sa peau fragile, très fine, était bleutée de la couleur du sang qui coulait dans ses veines.
Cavalière accomplie, elle évitait précautionneusement les brèches et les zones friables du sol qui se précipitaient dans la faille, malgré sa folle vitesse.

 Jamais le temps ne lui avait paru s’accélérer autant.

*****************

Les dernières traces de l’hiver furent peu à peu englouties.

Au cœur même de la terre, un grondement sinistre se fit entendre. D’abord discret, il devint de plus en plus audible au fur et à mesure des jours. Le gargouillement avait quelque chose d’écœurant pour tous ceux qui l’entendaient. Ils leur semblaient que quelque chose d’immonde tentait de remonter les parois inégales pour se déverser sur le monde.

 


 


7 réactions pour Chapitre 20 : Déchirement

  • L.W.  dit:

    Comme Léna, j’ai voulu attendre d’avoir une idée de défi avant de poster ici mais finalement, je vais m’abstenir et attendre que le cycle 3 ait débuté.

    Ce chapitre est bluffant Marie, sur tous les points, mais je reste sur une déception vis-à-vis d’Elinor, et plus particulièrement sur la manière dont elle a occupé pratiquement tous tes chapitres lors de ce cycle pour aboutir finalement… à rien. Le Berger nous en apprend davantage en quelques minutes qu’elle n’a pu le faire en plusieurs jours.
    Quand j’ai lu le début du chapitre, j’étais contente à l’idée de savoir enfin le but de toutes ses manoeuvres, et je dois admettre que je suis restée sur ma faim. Même si ce sera sûrement explicité par la suite, je me demande si ça valait le coup de consacrer autant d’énergie à Elinor lors de ce cycle. Mais c’est simplement un ressenti personnel.
    Et puis elle a vendu le corps de Danà, on peut donc lui pardonner.

    Pour le reste, je ne vais pas paraphraser les autres avis. Tous les personnages sont développés à merveille et beaucoup d’indices éparpillés dans les chapitres précédents prennent du sens.
    Et ce final… je suis fan !

    Merci de nous donner du rêve comme ça, et merci au gugus étrange qui m’a avertie de la sortie de ce chapitre !

    • Gugus Étrange  dit:

      Y’a pas d’quoi 😛

  • Léna  dit:

    Hey! J’ai attendu d’avoir une idée de défi pour venir commenter, mais j’avoue que j’aurai pu le faire avant : Il est *trop bien* ce chapitre! Tu as réussi à parler d’à peu près tout le monde, ni trop ni trop peu, et tout. Avec en plus un nouveau personnage!
    Et on n’a plus qu’à espérer qu’Aïdelyn ne décide pas de s’incruster en simultané avec Rose dans le corps-robot, sinon, ça va faire des étincelles… (bah oui, comment elles feront, si elles veulent se taper? Et si y’en a une qui a envie d’aller rendre visite à Alrick et l’autre pas aujourd’hui?) (Ou sinon, elles peuvent s’allier, comme ça quand elles se battent elles n’ont qu’une main chacune à gérer, et peuvent balancer deux types de magies à la fois, combooo!)
    Bref, ça suffit, j’attendrai plutôt sagement la suite. (Quoi que, si vous autorisez les fanfic, il pourrait bien y avoir une histoire à propos de Roïdelyn ou d’Aïdelose, un jour…huhu)
    Alors sinon, je propose qu’un des personnages se rende compte qu’il est temps qu’il/elle se remette au sport. Ce qui n’est, soit dit en passant, pas incompatible avec le défi de Rosaline 😀

  • Rosaline  dit:

    Eh ben putain ça valait le coup d’attendre ^^

    Perso j’te pardonne le retard, quand Edengardh sera un best seller international personne ira regarder les délais de parution entre les chapitres du tout début de l’histoire 😛

    C’est une très bonne façon de traiter le défi de la saint truc même si du coup c’est un amour à sens unique (pour l’instant ?) mais j’trouve l’idée franchement géniale.

    Pour le défi j’t’avouerai que ce mois et demi dernier j’étais occupé aussi, hein (oui moi aussi ça m’arrive de bosser, eh). Du coup j’vais faire comme d’hab et improviser un truc à la con : j’propose qu’un perso trébuche et se casse la gueule. J’file des points bonus si c’est Elinor ou, encore mieux, Khalli.

    PS : depuis quand y’a des trucs drôles dans tes chapitres ? T’es malade ? 😛

    • Raphaëlle  dit:

      Un mois et demi pour trouver deux répliques « droles »… Tu comprends que je ne le fasse pas plus souvent 😉

      • Rosaline  dit:

        Ben écoute vu le résultat j’propose qu’on te donne un mois et demi entre chaque chapitre 😛

  • Raphaëlle  dit:

    Voilà, le chapitre 20, marquant la fin du deuxième cycle est enfin publié ! Enfin…
    je tiens à m’excuser pour ce retard. Emmanuel et moi avions prévu notre calendrier de manière à faire une pause après la publication de ce chapitre pour nous consacrer à nos examens. Malheureusement j’ai du avancer mes révisions et j’ai choisi de publier après :
    1_ parce que j’avais l’impression de baisser en qualité dans mes chapitres du fait que j’avais moins de temps à y consacrer (et j’ai horreur de ça)
    2_ parce que je savais que ce serait un chapitre assez long si je voulais le construire comme je voulais. Il me fallait donc du temps.
    Bref, j’espère que le résultat vous plaira. Et maintenant je vais pouvoir d’être plus régulière, donc on reprend un rythme normal

    N’hésitez pas à mettre des défis pour Emmanuel, je suis certaine que vous en avez trouvé plein pendant ce mois et demi 😉

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