Chapitre 7 : Rencontre au sommet


Le cri d’une mouette qui planait au dessus d’Altar extirpa Eli-Ann de son sommeil. Frissonnante, l’Olm tira un peu plus sa longue cape sur ses épaules. Elle regarda autour d’elle, perplexe, ne reconnaissant d’abord pas le décors de pierre dans lequel elle s’était endormie. Le ciel était son plafond, et l’angle de la muraille où elle était blottie, son seul rempart contre le vent. Une migraine affreuse lui ceignait les tempes, la rendant nauséeuse. Ou bien était-ce le rêve qui lui remontait dans la gorge comme une bile acide ? Elle secoua la tête et se leva.

Appuyée contre la muraille de pierre, elle projeta son regard bien au-delà de la cathédrale, au sommet de laquelle elle s’était assoupie. En dessous, la ville portuaire commençait à apparaître, s’ébrouant du brouillard qui avait profité de son repos pour s’installer. Eli-Ann fixa rêveusement le château d’Altar dont on lui avait tant parlé. Le siècle qui s’était écoulé depuis la reprise en main d’Edengardh par les Dieux avait singulièrement changé la bâtisse. La première demeure d’Alrick – autrefois maître en ces lieux – s’était agrandie, dévalant la pente sur laquelle on l’avait nichée de par ses écuries, remparts, diverses habitations… Ne comptant autrefois que quatre tours et une enceinte de taille modeste qui servait à la défense de la ville en cas d’attaque, le château était devenu une résidence d’agrément réunissant les plus beaux noms du monde pour y décider du sort qui lui serait réservé.

Néanmoins, plus tard dans la matinée, c’était bien ici, dans la cathédrale, sous le regard des Dieux, que l’on allait élire le nouveau Grand Maître, celui qui devait réunir toutes les contrées pour leur donner une force commune. Une élection sous tension qui lui rappelait à bien des égards une autre à laquelle elle avait assisté, voire même participé malgré elle, cent-vingt-et-un ans plus tôt.
Au fond, que la cathédrale explose comme l’avait fait le Dôme lui était bien égal. Elle ne connaissait pas Altar. Les seuls éléments qu’elle avait entendus sur la ville, elle les tenait de ses amis d’alors. Ils y avaient effectué un séjour forcé après avoir été capturés par l’Émissaire de l’Air, Elinor, et ce n’était pas forcément un souvenir agréable pour eux. Toutefois, force était de constater que cette bourgade, déjà devenue importante à l’époque d’Alrick, semblait être le point névralgique de toute l’histoire d’Edengardh. Les gens qu’elle avait vu naître, les actions qui s’y déroulaient, les complots, les décisions… Quelque chose ici rendait chaque action importante.

Eli-Ann plissa les yeux, contemplant les maisons comme si son regard pouvait transpercer les charpentes. Quelque part, caché dans la ville, se trouvait celui qu’elle avait surnommé en son fort intérieur « le Marionnettiste ». D’après les informations qu’elle avait, il s’agissait d’un excentrique, profanateur de sépultures à ses heures perdues pour parfaire sa redoutable fonction de nécromancien.
Naît au sud de Gamme, dans un village agricole sans la moindre importance, Halen faisait partie de cette race d’enfants dont la magie transparaissait visiblement de chaque parcelle de son corps. S’il avait vu le jour en ville, on l’aurait assurément porté immédiatement aux prêtresses de la ville qui l’auraient éliminé sans en faire plus de cas. Mais dans un village rural, qui plus est affaibli par une épidémie terrible de toux qui avait emporté une partie importante des enfants en bas âge, cette paire de bras allait être nécessaire d’ici quelques années. Une première chose curieuse avait caractérisé la naissance de l’être : l’accouchement avait été particulièrement éprouvant pour une mère qui avait déjà mis au monde cinq enfants dont trois perdus en couche. Au prix de plusieurs heures de souffrance intolérable, elle avait fini par expulser de son corps un nourrisson qui n’avait pas émis un pleur, pas plus que la mère n’avait eu de réaction de soulagement. La guérisseuse aurait juré que pendant un long moment son corps était mort, son cœur ne fonctionnait plus et le peu de couleur qui lui restait avait quitté ses joues. Pourtant, lorsqu’elle entreprit de quitter la maisonnée pour confier l’enfant à une nourrice qui aurait su le maintenir en vie, elle avait entendu un glapissement suivi d’un appel rauque :

– Il a faim, il faut que je le nourrisse.

La vielle femme avait cru être foudroyée sur place tant elle était sure de son décès. Néanmoins l’expérience transforma étrangement et durablement la vie de la mère. Elle qui avait toujours été joyeuse et enjouée, devint un être froid, presque sans réaction. Et lorsque son mari et ses enfants l’eurent rejoint, elle n’eut pas un regard pour eux montrant qu’elle les reconnaissait. À partir de cet instant elle traversa la vie comme un être uniquement rempli de la volonté de faire survivre le petit être qu’elle venait de mettre au monde. On émit l’hypothèse que son cœur avait cessé de battre trop longtemps pour qu’elle put conserver toutes ses capacités.
Dans son ombre jalouse, le petit grandissait, et il fallut toute la volonté de son père et des ses deux frères pour qu’il prenne la peine de se débrouiller seul. À mesure qu’il s’éloignait d’elle, elle semblait dépérir. Lorsqu’ils revinrent des champs la première journée où son père eut jugé qu’il était assez grand pour accomplir sa part de labeur, une froideur infinie accompagna leurs pas dans la maisonnée. La mère gisait sur la terre battue, inanimée. Hormis pour le tout jeune Halen, ce fut presque un dénouement mécanique et emprunt de soulagement qui caractérisa le processus de deuil. Il y avait six années déjà qu’elle n’était plus capable de se mouvoir par sa seule force vitale. Il n’y eut guère que pour le petit garçon que la mise en terre fut une terrible épreuve. Il pleurait et tempêtait avec une telle force que son père dut le prendre à part pour lui supplier quelques mots :

– Elle n’est plus de ce monde depuis bien longtemps Halen, il faut que tu acceptes de la laisser partir. Elle a été créée par la volonté des Dieux, et maintenant elle doit trouver sa place auprès de Prolios.

– Non, hurlait le gamin. Je refuse !

– Tu ne peux pas te battre avec la mort mon garçon, c’est une bataille perdue d’avance. L’esprit de ta mère est auprès de lui depuis bien longtemps.

Une terrible nuit suivit cette triste journée. Alors que chacun était entré chez soi après avoir embrassé une dernière fois la famille proche de la défunte, un feu sans joie se perdait dans la cheminée. Ni le père ni les frères ne voulaient se plonger dans la solitude et la noirceur de leur chambre. Chacun avait besoin des autres. Ils somnolaient devant l’âtre lorsqu’un grattement discret et sans vigueur se fit entendre à la porte. Croyant qu’il s’agissait d’un chat de la ferme, on laissa passer. Le bruit perdura un long moment avant que le père ne prenne la peine de se lever pour aller voir, Halen guilleret à ses talons. Le hurlement terrible de l’homme se perdit dans la nuit lorsqu’il découvrit son épouse décharnée, les os blancs des doigts visibles sous les lambeaux de peau couverts de terre. Plus qu’avant, ses membres ne semblaient même plus lui appartenir tant ses gestes étaient vagues, comme mus par une idée plus que par la moindre parcelle de vie.

– Prolios nous pardonne, fit-il d’une voix misérable. Quelle mauvaise magie nous suit ?

Il écarta brutalement son benjamin qui ne semblait pas outre mesure surpris de la voir et referma la porte derrière lui avant de s’enfoncer dans la nuit. Il ne revint que le lendemain matin. La mère ne revint plus hanter sa famille, malgré les crises de rage du plus jeune.

À la suite de cette nuit, qui resta secrète durant bien des années, jusqu’à ce que la culpabilité de voir partir Halen rongea tant l’un des frères qu’il en devint adepte des confidences d’ivrogne, la famille partit s’installer en lisière de forêt. Le père espérait ainsi éviter des soupçons de malédiction qui pourraient détruire l’avenir de ses fils.

Pendant une période assez longue il n’y eut pas de suite à cette histoire, et le brave homme put enterrer les doutes et théories qu’il concevait avec honte sur le sujet. Néanmoins, ces dernières furent confirmées à la minute où une nouvelle mort frappa la maison. Il s’agissait cette fois-ci non d’un être humain mais du chien de ferme, qui finit effroyablement écrasé par l’affaissement d’un bâtiment un soir de tempête. Une fois encore Halen parut refuser son état avec véhémence, et quelques heures après sa mise en terre, un corps vide, horriblement tordu par son accident, presque rampant, vint gratter à la porte. Impuissant, le père disparut en emportant la carcasse têtue. Il revient seul, gardant secret l’endroit où il avait enterré la bête. Une dispute terrible éclata dans la maison à la suite de laquelle Halen s’enfuit. On ne le retrouva qu’au matin suivant, émergeant de l’obscurité en tenant dans une main la tête de l’animal, à un stade avancé de décomposition, et dans l’autre le corps. Son aura diffusait une lumière curieuse. Il comprit sans doute à la suite de cette histoire ce qu’il pouvait faire, mais également ce que cela impliquait, inspirait aux autres, ainsi que la limite de son pouvoir durement contraint par l’autorité paternelle.
Il fit sans doute des expérimentations avec son pouvoir, le frère l’évoquait vaguement avec un détachement embarrassé et une horreur qui le conduisait à la lisière de la nausée. Eli-Ann ne put jamais avoir de certitude sur le sujet tant l’esprit du garçon s’embrumait aux souvenirs de cette période.
Son père fut retrouvé mort, le corps séparé de la tête. Personne n’en dit rien, les habitants n’eurent jamais connaissance de ce détail. Les deux grands s’occupèrent du petit jusqu’à ce qu’il décide de partir, sans en avertir personne.
Il mit encore quelques temps à passer du petit Halen au Marionnettiste, et il devint ce qu’il devait devenir en étant l’enfant chéri d’une mère moins que vivante – comment savoir si les choses auraient pu tourner autrement ? Même à l’époque où la magie était puissante, ce type de pouvoir était déjà d’une extrême rareté. Sans doute dut-il passer du temps à essayer de pallier cette faiblesse de son pouvoir qu’était la reconstitution d’un être démembré dans le but de l’animer. En dernier recours Halen dut s’adresser à Prolios, le Dieu qu’il prenait pourtant plaisir à défier. Eli-Ann imaginait parfaitement que chacun put tirer quelque chose de cette association : l’humain le pouvoir manquant et le Dieu un contrôle total sur ce curieux individu. Ils devinrent donc associés.

L’Olm avait une idée assez précise du pouvoir de son adversaire. C’était une capacité inverse à celle qu’avait un jour possédé la magicienne Lynrel. Celui qui était devenu le Marionnettiste avait la capacité d’implanter une idée assez puissante en un être fraîchement décédé pour laisser croire que la personne était encore vivante et lui permettre de se mouvoir selon des stimuli qui n’étaient autre que des habitudes ancrées dans le cerveau de ses victimes. Contre sa survie, il fournissait à son divin maître quelques recrues de choix qui pouvaient changer le cours d’une bataille. En soi, la femme ne serait pas intéressée à ce magicien. Son pouvoir était somme toute assez limité, néanmoins elle avait commencé à s’interroger sur la possibilité que… À cette idée sa gorge finissait invariablement par se serrer, pourtant elle n’arrivait pas à se la sortir de la tête… Il y avait soixante-dix ans, dans la vindicte populaire… On n’avait jamais retrouvé le corps de Joshua.

Depuis qu’elle avait entendu parlé de cet être, Eli-Ann n’avait eu de cesse de le rechercher. C’était sa mission principale, bien plus importante que tout ce qu’elle avait pu prétendre lorsqu’elle avait rencontré l’organisation qui se battait contre la tyrannie des Dieux. Ne voulant pas affoler Chloé, elle n’avait rien voulu lui dire. Malgré son évolution au cours des siècles, l’Elfe avait conservé le long développement de sa race. Si elle était une enfant cents vingt-et-un ans plus tôt, elle était devenue une adolescente, encore en devenir. Eli-Ann avait conscience d’être une compagne bien sombre pour elle. Chloé avait besoin d’un vrai objectif ambitieux à la hauteur de ses talents et non d’une traque sanglante qui finirait par l’assassinat d’un être humain pour le principe de précaution qui consistait à penser que sa mort anéantirait les restes de Joshua, si jamais ceux-ci traînaient encore à la surface d’Edengardh. Pour que jamais ils ne puissent trahir la personne qu’il était. Son idéalisme malgré la noirceur ambiante…

Quelques heures plus tôt, avant qu’elle ne se réfugie au sommet de ce bâtiment religieux, elle avait eu toutes les peines du monde à convaincre le garde Jolan de la laisser partir, même en lui laissant son amie. Songeuse, elle avait fini par dire :

– Je crois sincèrement que ma compagne de route devrait rester avec vous. Cela fait longtemps que nous voyageons ensemble. Bien plus longtemps qu’il ne convient à deux personnes censées.

– Vous pensez bien que nous ne vous laisserons pas partir !

– Pas de votre plein gré, c’est évident. Néanmoins votre chef pourrait être sensible à certains arguments qui éviteraient le bain de sang que je pourrais commettre sans le moindre mal, vous pouvez en être sûr.

L’homme avait hésité.

– J’en suis sûr, mais j’ai des ordres.

– Je reviendrai vers vous lorsque la mission que je me suis fixée sera accomplie. Vous ne pouvez pas séquestrer vos partenaires en espérant que ça facilitera la collaboration. C’est un non-sens.

– Mais… Vous être une prisonnière de marque. Coopérative ou non, on vous préfère ici qu’au dehors, risquant à tout moment de vous faire tuer.

– Ça fait presque deux siècles que j’assure ma propre sécurité. Vous croyez réellement que j’ai besoin de vous pour me maintenir en vie ? cracha l’Olm avec mépris.

Il avait ployé sous le feu de son regard pâle qui paraissait luire dans l’obscurité. Elle lui permit de l’enfermer une dernière fois dans la cellule le temps qu’il reporte leur entretien à ses supérieurs. Elle sortit de sa torpeur en entendant les verrous grincer. Elle ne vit personne jusqu’à la sortie, comprenant qu’on lui donnait l’autorisation de partir mais également la possibilité de revenir. C’était une marque de confiance aussi étonnante que flatteuse. Elle ne se retourna même pas sur Chloé, certaine qu’elles allaient se revoir en temps voulu.

Maintenant, elle avait la latitude suffisante pour commencer sa traque. Eli-Ann savait également qui elle recherchait. Elle avait déjà eu l’occasion de croiser et de se confronter au Marionnettiste, jeune homme filiforme à l’éternel sourire. Il ne prenait jamais la peine de parler, toutefois sa posture seule arrivait à en imposer bien plus que n’importe quel mot. L’Olm gardait de leur récente rencontre un souvenir qui lui brûlait encore aujourd’hui les joues.
Eli-Ann se projeta hors de ses pensées en soupirant. Si elle voulait dénicher le garçon, il faudrait qu’elle se déplace en ville. Il ne se cachait pas, elle en était convaincue. Il n’était pas le genre d’individu à se cacher. Le mieux serait de commencer par les auberges des quartiers aisés, tout à fait le genre d’endroit dans lesquels il aurait tout à fait sa place.

Elle allait faire demi-tour lorsqu’elle entendit un grincement derrière elle. De loin une silhouette nue, immobile, était tournée vers elle. L’Olm avait appris depuis longtemps à ne pas négliger ce genre d’observateur à l’attitude suspecte. Elle se dirigea directement vers lui, et il la regarda avancer sans faire mine de s’enfuir. Alors qu’elle s’approchait, elle s’aperçut qu’il ne s’agissait pas seulement d’une simple silhouette nue mais d’une sorte de poupée mécanique aux formes harmonieuses. Poitrine plate mais hanche dessinée elle paraissait plus féminine que masculine. Des filaments de cuivre formait une chevelure coiffée dans un carré désordonné. Le visage était complexe : des traits donnant une impression d’esquisse anthropomorphique et pourtant fins et pourvus de motifs soigneusement gravés. On aurait dit un langage creusé à même la chair de métal. Ses lèvres n’eurent pas un mouvement lorsqu’il s’exprima :

– Eli-Ann, Émissaire du feu.

– Sans doute il y a longtemps, oui. Mais cela n’a plus d’importance depuis presque aussi longtemps. Que me voulez-vous ?

– Rien de spécial, je suis là pour des raisons qui me sont propres. Nous nous rencontrons par hasard. Croyez-vous au hasard ?

L’Émissaire hésita.

– Oui, sans doute. Comment ne pas y croire alors qu’on a essayé de vous persuader que votre vie devait trouver son seul accomplissement d’une prophétie qui s’est avérée construite de toutes pièces ?

– Réponse pertinente. Vous essayez donc de façonner le hasard.

– Qui sait ce que je fais vraiment, éluda l’Olm en se permettant un sourire.

– Je crois moi que vous êtes encore dans le combat.

– Le combat…

Les mots de la femme s’échappèrent presque, avec aussi peu de texture qu’un premier rayon du premier soleil au matin.

– Je ne crois plus aux Dieux, ou au moindre combat. Après tout ce que nous avons fait pour essayer de rétablir… Rétablir ? Mais rétablir quoi ? Un monde de castes comme il y en avait avant ? Un monde où la magie triomphe ? Pourquoi ? Pour qui ? Les êtres de sang ont déjà plus de pouvoir que les Dieux, il n’y a qu’à se tenir ici pour sentir ce pouvoir battre.

L’automate pencha la tête de côté. Son cou, formant un angle étrange, lui donnait l’air circonspect que son visage lisse ne pouvait afficher.

– Alors vous le sentez tout de même… Voilà pourquoi êtes-vous ici ?

– Quoi donc ?

– Quand le hasard s’engloutit dans le factuel. La faille que représente Altar, qui déverse sur le monde son flux de magie. Celle qui fait que la ville reste au milieu de toutes les guerres et créé des êtres qui auront un poids immense dans l’avenir d’Edengardh.

– Je ne sais pas de quoi vous parlez.

– Allons donc ! Que viendriez-vous faire ici alors ?

– Je ne sais pas, murmura Eli-Ann. Sans doute ce sentiment de se retrouver au sommet du monde. L’espoir de pouvoir projeter son regard un peu plus loin. L’espoir…

Et le mot de fumée qui sortait de sa bouche fut englouti dans une cage de brume. Eli-Ann le regarda s’évaporer, se dissoudre dans le matin levant, happé par une clarté timide.
En réalité, sans percevoir, elle l’imaginait, la magie, comme une fleur tentaculaire essayant de s’étendre pour mieux s’épanouir au soleil. Et elle, petite créature ressemblant de loin à une créature d’un peuple disparu, avait simplement envie de s’asseoir sur le dallage froid, comme si elle se vautrait en son sein.

– Cette ville est un enjeu, fit la voix neutre de l’automate.

– Que voulez-vous dire ?

Frôlement d’épaules qui se soulèvent.

– Rien d’autre que ce que vous voulez entendre sans doute. Donner du sens à l’existence. Poursuivre un but comme on poursuit une proie.
Nous nous reverrons. Quand vous en aurez besoin. Inutile de me chercher, vous ne me trouverez pas. Je me laisse trouver.

Le curieux personnage se mit subitement en mouvement. Un mouvement plus beaucoup plus fluide que l’Olm eut imaginé. Elle fut néanmoins plus rapide que lui, la capuche rabattue sur les yeux. Franchissant la petite porte, elle dévala la longue suite d’escaliers en colimaçon telle une ombre. Elle n’avait pas dépassé le premier pallier qu’elle croisa ce qu’elle prit pour un serviteur des Dieux qui cherchait à rejoindre le sommet à la suite de l’automate. Leurs regards se croisèrent l’espace d’une demi-seconde.
Elle reconnut alors le jeune homme chez lequel elle s’était introduite quelques jours plus tôt, et sentit sa surprise en retour.


 


Une réaction pour Chapitre 7 : Rencontre au sommet

  • JB  dit:

    You clever girl !
    Tu as subtilement su contourner le défi.
    C’est bien vu !

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